Le nouveau dogme

13 Nov
PAR: PAQUEBOTTE

 

Dans la section Idées , du Devoir de jeudi le 11 novembre, Gaston Bernier, président de l’Association pour le soutien et l’usage de la langue française, nous tint à peu près ce langage : Maudits artistes, vous n’êtes même pas capables de faire la promotion de la langue française.

Je me permets de citer M.Bernier, afin que vous puissiez saisir l’étendue de ma stupéfaction devant ces idées d’une autre époque.

«Les artistes ont l’impression qu’il doivent parsemer leurs films, leurs pièces de théâtre, leurs romans, leurs téléséries de mots anglais afin de faire naturel et authentique»

Ha.Ha.Ha. J’aime beaucoup la désignation «les artistes», vraiment. Dans la même veine que «le scientifique», cet être en sarrau, aux lunettes énormes et aux cheveux en pétard que l’on retrouve dans toute distribution bien équilibrée, «l’artiste» me fait l’effet d’un grotesque stéréotype utilisé à toutes les sauces. On serait pourtant bien aveugle de mettre dans le même panier Céline Dion, Gaston Miron et Xavier Dolan.

Un autre détail me titille, dans cette phrase : tout le reste.

Continuons notre lecture: «On pourrait en émonder, en remplacer sans que la compréhension ni le succès soient remis en cause. Mais il n’est pas facile de les convaincre ces artistes qu’un effort de correction ne nuirait pas à leur succès. La pente des pratiques familières et visiblement populistes est savonneuse et facile.»

D’abord:… il n’est pas facile de les convaincre ces artistes qu’un effort (…). Quand on écrit une lettre qui accuse  «les artistes» de saccager le français, on s’arrange pour que nos phrases soient écrites dans un français impeccable. Ou on se relit, au moins. J’sais pas. Me semble.

Ensuite, parlons de compréhension. Entendons-nous, Émile Nelligan aurait pu dire : «Il a neigé. Il y a du givre sur ma vitre. Je souffre.» Je crois toutefois qu’il n’aurait jamais été élevé au rang de poète national.  Suivant cette logique du français propre et scolaire, devrait-on penser à bannir Claude Gauvreau de nos bibliothèques? Devrions-nous envoyer aux oubliettes  des monuments comme Richard Desjardins, Robert Charlebois, Diane Dufresne, Denys Arcand ou Gilles Vigneault, sous prétexte que leur œuvres ne sont pas toutes construites selon les normes de Monsieur Bernier ?

Finalement, je ne sais pas pour vous, mais moi, j’ai été choquée par le terme «populiste»,  couronnant cette phrase d’une pointe  de mépris inutile.  C’est fou, hein, ça voudrait dire que les Belles-Soeurs serait la pièce populiste par excellence. Aucune nuance chez M.Bernier, aucun deuxième degré. Quand un personnage franco-ontarien parle, ce serait  du populiste que de lui laisser les mots de sa région dans la bouche en lui faisant dire «Tu regardes comme ton père».  Monsieur Bernier, les personnages de télévision, de théâtre, de films, de romans, ne devraient jamais être les ambassadeurs d’un français normatif.  Jamais.

Monsieur Bernier semble nous faire, vers la fin de sa petite montée de lait, l’étalage de son vocabulaire dans une tirade ou il explique chacun de ses mots en une ligne et demie : «inutilité des efforts (lesquels ne rapporteraient rien), psittacisme (répétition mécanique de mots ou d’expression par un sujet qui ne les comprend pas) ou panurgisme (comportement selon lequel on agit pour faire comme tout le monde).» OUF! Quel texte dynamique, quel plaidoyer prenant, vraiment, Monsieur Bernier, ce croisement entre votre présomption et votre Petit Robert est criant d’efficacité.

La langue est un outil de liberté, M.Bernier, pas un dogme. Vous frappez au mauvais endroit. Ne prenez pas le citoyen pour un imbécile en exigeant qu’on ne lui montre que des personnages  accordant à la perfection leurs participes passés. Battez-vous plutôt pour un meilleur enseignement du français. Battez-vous pour que les jeunes (et les vieux) lisent plus. Battez-vous pour qu’on célèbre notre culture francophone dans le continent anglophone où nous vivons.  L’art, lorsqu’il se fait étendard de la langue,  rallie beaucoup plus que les mots abscons que vous nous avez jetés à la figure dans cette lettre, que je considère personnellement comme une insulte à l’intelligence du milieu culturel et de son public.

Sur ce, bonne journée.

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2 Réponses to “Le nouveau dogme”

  1. Maxouel 15 novembre 2010 à 02:46 #

    Ah come on ! T’es full mean ! Y a l’air chill, le dude. Les zartiss ça s’croit hot mais c’est juste dull.

    Anyway, lui au moins y speak white. Pis y fait pas de psittacisme, lui.

  2. pleurotte 15 novembre 2010 à 12:54 #

    Si un personnage de film, de théâtre ou de roman parlait comme un lecteur de nouvelles, ça serait plus naturel?
    Est-ce que je parle un mauvais français parce que, des fois, je plogue un fil, je twiste un bouchon de bouteille, et que ça m’arrive d’être flabbergastée? Ce n’est pas un manque de vocabulaire, c’est juste ma langue, qui emprunte des mots à ses voisins, les francise et les ajoute à son dictionnaire du quotidien.

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