Les voisins du Sud

4 Fév
Farragut North de Beau Willimon, traduction de David Laurin. Mise en scène : Jean-Simon Traversy. Scénographie : Marie-Pier Fortier. Costumes : Marie-Noëlle Klis. Éclairage : Tommy Chevrette. Son : Michael Binette. Avec Alexandre Fortin, Michel Bérubé, Marie-Ève Bertrand, Nicolas Gendron, Stéphanie Labbé, Jean Maheux et Victor Andrés Trelles Turgeon. Une production de La Parade sans Orignaux, présentée au Studio Jean-Valcourt du Conservatoire d’art dramatique de Montréal du 25 janvier au 5 février 2011.

Démocrate ou pas, Américain ou pas, tout le monde aime Obama. Il est jeune, il est charismatique, ses discours feraient pleurer des statues, il achète des queues de castor, il promène son chien et pense même à son prochain en ramassant ses crottes. Ceux qui le traitent de sale musulman marxiste rêvent, en réalité, de le voir courir en chest sur une plage hawaïenne. Présider une nation? Y’a rien là.

La politique américaine, à nos yeux, c’est ça: Barack à la plage, Michelle et le jardinage, les explosions de 24 et les drames de West Wing. Que peut-il se tramer derrière cette image impeccable véhiculée par les médias? C’est la question qui hante Beau Willimon entre deux poses de pancartes, alors qu’il travaille bénévolement pour les primaires démocrates de 2004. Cette expérience lui inspire Farragut North, un texte mettant en scène David Bellamy, un jeune relationniste de presse plongé dans la frénésie d’une importante campagne démocrate. David est jeune, charismatique, brillant: toutes les qualités requises pour gravir rapidement les échelons et espérer promener un jour son chien à la Maison Blanche. Son talent lui en ouvrira-t-il la porte ou, au contraire, lui attirera-t-il la foudre de ses opposants?

Barack à la plage. Crédit photo: Fame Pictures.
La Parade sans orignaux offre, avec cette mise en scène de Farragut North, un suspense politique digne de ce que West Wing et 24 offrent de meilleur. Les acteurs, renversants de fraîcheur et d’aisance, sont brillamment supportés par la traduction, par David Laurin, du texte américain à une langue québécoise crue et vivante. Le tout est convaincu et convaincant: ce ne sont pas des interprètes qui jouent un drame, mais un réel drame politique qui se joue sur scène, et on adhère résolument au parti.

Si le texte est admirablement interprété, le drame humain se cachant derrière les phrases parfaitement peaufinées du discours politique est pourtant trop brièvement effleuré. Pendant que les personnages sacrifient leur vie personnelle à la politique, c’est justement ce qui est sacrifié qui captive, mais demeure malheureusement dans l’ombre: la jeune stagiaire, la vie amoureuse de David, ou encore la santé de son patron. La mise en scène réaliste de Jean-Simon Traversy suit la direction du texte en mettant en valeur le drame politique, l’angoisse et la pression reliés à l’ascension du pouvoir, mais n’ose que trop peu respirer hors du texte et mettre en lumière ce qui se cache entre ses lignes.

Le réalisme de l’interprétation et de la mise en scène est accentué par une scénographie plutôt conventionnelle, où les différents lieux évoqués par le texte sont représentés clairement dans un même espace scénique, séparés par l’éclairage, mais unis par l’omniprésent logo du candidat démocrate. Si le texte est ainsi efficacement supporté, il ne manquerait qu’une touche d’audace, pour apporter une couche de sens supplémentaire au texte de Willimon et ainsi électrifier cette solide production. Un petit quelque chose qui se retrouve pourtant dans la poignante touche de dérision du mot du metteur en scène, dans le programme de la pièce. Une dérision figurant aussi sur la photo du programme et des prospectus de cette production. On y retrouve David (Alexandre Fortin), assis seul dans une salle vide, un ballon gonflé d’hélium à la main et d’autres gisant à ses pieds, et une expression indéfinissable au visage: un  air à la fois calme et convaincu, parfaitement incongru à la situation. Un côté déconcertant qu’il aurait été pertinent de porter à la scène.

Farragut North propose un portrait troublant des dessous de la politique américaine actuelle, où la quête de pouvoir obsède jusqu’à en rendre aveugle. Aussi inquiétante soit-elle, cette production de La Parade sans orignaux s’avère aussi enlevante, aussi divertissante que le meilleur suspense politique américain.

Il ne manquerait qu’un peu de popcorn pour compléter l’expérience.

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