De la virilité, en masse

4 Mar

Ce n’est un secret pour personne, je suis une adepte assumée de la pop culture, mais encore plus de ceux qui savent en rire avec intelligence. Du Frat Pack à Cake Wrecks , en passant bien entendu par le Douteux et Thisisnotporn, je consomme sans honte tout ce qui me permet de rire jaune sur nos obsessions quotidiennes, nos héros kitsch et nos travers louches. Et après Britney Spears, le sport est probablement LE sujet par excellence de notre merveilleuse culture populaire dont on peut se moquer avec le plus d’aisance, comme en témoignent le Sportnographe et Dodgeball.

Bien que je ne sois aucunement fan d’un quelconque sport, je jubile toujours quand je contemple ceux qui s’y vouent corps et âme, comme un biologiste devant un microbe. Car le sport, entendons-nous, c’est bien ce qu’il y a de plus démocratique, passionnant et diversifié sur notre planète. Et quand on s’en balance, ça reste un plaisir d’observer le mouvement de masse qu’il crée (je me rappellerai toujours de mes balades en vélo cet été pendant les séries, dans les rues désertées de Montréal, où les seuls sons ambiants étaient les cris de joie sortant des maisons lors d’un but).

Quand j’ai appris qu’une jeune troupe de théâtre, LA45, allait consacrer une pièce complète à un « Programme double de Théâtre Viril et Sportif », j’ai tout de suite su que j’allais être conquise (ben oui, je sais, encore une critique pas objective!). D’abord, la simple idée de désacraliser l’espace théâtral avec un sujet sportif semblait pour moi une audace à ne pas négliger. Ensuite, le fait de laisser à l’homme et à sa virilité un peu de place dans l’étouffant féminisme ambiant de cette saison théâtrale me faisait sourire et même un peu baver. Bref, c’est gagnée d’avance que j’ai pris place à Fred-Barry, à la première du spectacle, jeudi dernier.

La pièce se divise en deux parties, très différentes l’une de l’autre : « L’angoisse de l’arbitre au moment de quitter l’aréna après avoir décerné en prolongation un tir de pénalité qui sort l’équipe locale des séries éliminatoires » et « Boxeurs ». La première explore l’univers des fans un peu trop dévoués – vous savez, ceux-là qui cassent des vitres après une défaite au hockey – en nous livrant les plus beaux clichés du gars de sofa, veste Ed Hardy sur son chandail des Canadiens et cannette de bière à la main. Dans un texte d’une étonnante masculinité, composé de phrases courtes, simples et légèrement vagues, la virilité confronte la rationalité dans une joute autant physique que verbale. La seconde partie prend la forme d’une légende sportive, celle de Billy « Mo » Morency, racontée par l’étrange concierge du gym de boxe du coin. Ici, c’est la justesse de l’univers et de ses personnages qui marque, par de charmants détails comme la danse sexy entre deux rounds ou la lutte du comédien contre lui-même, à la Fight Club.

Je pourrais m’épancher sur les petites maladresses du spectacle, comme le ton pas assez assumé – qui aurait eu avantage à s’affirmer, soit dans le comique, le sérieux ou la dérision – ou bien le flottement de la première partie, qui nuance inégalement la rage du fan et ne creuse pas assez loin dans cette colère incontrôlable. Mais en tant que presque-spécialiste-du-théâtre-émergent, j’ai bien plus envie de vous convaincre de la pertinence de ce qui est montré dans cette chambre d’hôtel et ce ring de boxe que de m’attarder à ce qui n’est, finalement, que la marque bien normale de ceux qui débutent.

Alors, oui, en quoi est-ce ingénieux de mettre sur scène la banalité du monde sportif, de ses fans et de ses héros ? Comme je l’ai déjà mentionné, il y a déjà l’acte décisif de la désacralisation du théâtre que provoque n’importe quelle mise en scène du « trop quotidien ». Après les matantes de Michel Tremblay, les gais de MM Bouchard, les tout nus de Dave St-Pierre et les employés du Wal-Mart d’Olivier Choinière, c’est au tour des sportifs de prendre d’assaut la parole dramatique pour nous en dire un peu plus sur nous-mêmes. Et les gars de LA45, ils le font avec dynamisme, bonheur et surtout crédibilité. Ce qui importe aussi, c’est bien entendu l’aspect physique de l’exercice, qui remet au goût du jour le corps de l’acteur et sa performance sur scène, comme l’on fait, du côté de la danse, Pierre Rigal et la Jo Strømgren Kompani. Finalement, on ne peut pas passer à côté de cette étonnante prise de parole, qui fait gronder avec sensibilité la virilité menacée des Québécois et réunit deux univers qui, qu’on se le dise, ne se rencontrent pas trop souvent, ni dans les stades, ni dans les théâtres.

En tout cas, c’était ben bon, fac allez donc les voir, tsé.

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Du 2 au 19 mars 2011, 19h30, à la Salle Fred-Barry.

Texte : Martin Bellemare

Interprétation : Félix Monette-Dubeau, Francis-William Rhéaume et Stéphanie M. Germain

Technique et régie : Olivier Gaudet-Savard

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