La critique est sortie!

1 Avr
Ronfard nu devant son miroir. Texte et mise en scène : Daniel Brière et Evelyne de la Chenelière. Éclairages: Nicolas Descôteaux. Conception sonore : Larsen Lupin. Conception de mouvements : Estelle Clareton. Avec Daniel Brière, Evelyne de la Chenelière, Claude Despins, Victoria Diamond, Julianna Herzberg, Nicolas Labelle, Daniel Parent et Isabelle Vincent. Une production du Nouveau Théâtre Expérimental, avec le soutien du Goethe Institut de Montréal, présentée à Espace Libre du 24 mars au 30 avril 2011.

 

Ronfard nu devant son miroir, c‘est la dernière création du Nouveau Théâtre Expérimental.

C’est la dernière collaboration d’Évelyne de la Chenelière et de Daniel Brière.

C’est Jean-Pierre Ronfard.

C’est son dernier message laissé, quelques semaines à peine avant sa mort, sur la boîte vocale de ses collègues du NTE.

( ce message, c’est une ode à la «non normalité» et à la liberté, un ras-le-bol d’être, malgré tout, un «type correct», un «appel à la délinquance», un désir insatiable de briser les cadres qui brisent les cadres de la création théâtrale )

C’est cette bande, triturée par les deux créateurs, décortiquée en bribes, en miettes, en sons.

Ce n’est pas Jean-Pierre Ronfard.

C’est ça:

Crédit: Michel Ostaszewski

 

Tu vois?

« [Ce] n’est pas ton histoire, ce n’est pas ton hommage, ce n’est peut-être même pas ton reflet. C’est notre façon de partager ta soif, ton manque, ton désir, c’est notre façon de te répondre, comme si tu pouvais nous entendre et nous répondre à ton tour, c’est notre acte de résistance, résistance à l’envie de plaire, résistance à l’envie de répondre aux attentes, c’est notre façon de tenter, à tâtons et sans relâche, l’exercice de la liberté. »*

C’est Ronfard regardant son reflet inversé. Ce n’est pas Ronfard regardant son reflet inversé.

C’est son reflet regardant Ronfard inversé. Ce n’est pas son reflet regardant Ronfard inversé.

Tu vois?

Que dit Ronfard dans cet ultime message?

Que veut-il dire?

Que ne veut-il pas dire?

Que veut-il peut-être dire?

Que peut-on lui faire dire malgré lui?

Cette ultime prise de parole, improbable manifeste, devient le moteur de la création, l’objet d’une autopsie.

Autopsie de Ronfard, de son théâtre, du théâtre en général, de la société.

Une démarche méticuleuse, que le NTE dévoile sur son site, bribe par bribe, depuis le début de la saison théâtrale.

(carnet de bord, graffitis, lectures et aguichantes capsules vidéo)

On s’attend à de la provocation!

À des manifestes!

À un repas bourgeois!

À un pied de nez à l’industrie culturelle!

À la transmission d’un legs!

Au corps de Ronfard livré pour nous!

À de l’expérimental, bonté!

(et peut-être même, avec un peu d’espoir, à quelques fers plats dans le cul)

 

On s’attend à tout ça.

«On», mais pas moi.

C’est que j’ai fermé les yeux sur ma tentation de regarder ces vidéos, de lire ce cahier de bord, de faire ces lectures, d’être la complice de ces graffitis**.

Car j’ai voulu répondre, moi aussi, à Jean-Pierre Ronfard. Et j’ai voulu, moi aussi, résister à l’envie de répondre aux attentes. Je veux tenter, moi aussi, et à tâtons, l’exercice de la liberté.

Je vais briser les cadres, détourner les sens, déformer les paroles, les transformer en manifeste de ma délinquance!

 

Je fais fi à la forme! Fi au filiforme!

VIVE LA NON-NORMALITÉ LIBRE!

 

«Mais qu’est-ce que ça donne?»

«À quoi bon nous faire zigzaguer à travers la page de la sorte»?

«Que veut-elle dire?»

«Que ne veut-elle pas dire?»

«Que veut-elle peut-être dire?»

«Que peut-on lui faire dire malgré elle?»

«Est-ce qu’elle tente d’être expérimentale?»

«Est-ce que ça mène au moins quelque part, tout ça?»

«Bonté! Où sont les fers plats?»

Les comédiens se le demandent aussi. Crédit : Michel Ostaszewski

…Ok, c’est beau.

C’est terminé.***

 

__________________________
Ronfard nu devant son miroir, à Espace Libre jusqu’au 30 avril 2011. Billetterie: 514-521-4191


* Dans le programme du spectacle, disponible uniquement en ligne, avis à tous les hoarders comme moi.

** Oui-bon-d’accord, c’est la première chose que j’ai faite au retour du spectacle. Je suis une faible.

*** Vous vous dites «mais ce n’est pas une vraie critique!». Vous vous sentez floués. Vous êtes restés sur votre faim.

Mais à quoi ressemblait le décor? La comédienne était-tu bonne? Y’avait-tu de la bonne musique? À quel point la lumière est-tu belle quand la comédienne, en haut de l’escabeau, tire sur le comédien, en bas de l’escabeau ? À quoi bon formater un article avec tant de soin, si ce n’est que pour le terminer de manière aussi brutale? Pourquoi proposer une structure éclatée, pour ensuite la couper en plein vol? Pourquoi proclamer faire un article expérimental, pour finalement ne rien proposer du tout?

Quelle réponse fais-je ainsi à Ronfard?

J’ai à vous répondre que cette critique est à Ronfard nu devant son miroir ce que Ronfard nu devant son miroir est à Ronfard.

(Tu vois?)

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Une Réponse to “La critique est sortie!”

  1. Zanne 5 avril 2011 à 17:22 #

    Non mais, je ne te l’ai pas dit encore, mais je trouve cette critique géniale. Je veux dire, tu donnes ton opinion, bien entendu, mais en même temps, tu poses des questions, j’adore.
    Bref.

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