Pow pow t’es Dead!

23 Avr

            Récemment, pour échapper à ma fin de session horriblement chargée, je suis allée me divertir au théâtre. Eh oui, j’ai fait ça moi. Ma pile de travaux n’a pas diminué, je n’ai pas rattrapé mes 100 heures de sommeil perdues, mais pour un instant, j’ai évacué mon stress accumulé. Petit portrait critique de ma soirée dans la salle intime du théâtre Prospero.

Gunshot de Lulla West (pars pas)

Jusqu’au 30 avril 2011.

Texte et mise en scène Eugénie Beaudry avec Édith Arvisais, Viviane Audet, Robin-Joël Cool et Mathieu Lepage. Musique originale, Olivier Picard-Borduas; Lumières, Alexandre Pilon-Guay; Scénographie et costumes, Karine Galarneau

            Ici, ce n’est pas de samouraïs dont il s’agit, mais bien de vrais cowboys de l’ouest. ( C’est une façon de parler bien entendu, ne vous inquiétez pas, il n’y a pas de coup de feu durant la représentation.) Le western dans le sang, deux frères et sœurs acadiens vivent pour la musique country qu’ils produisent dans des petits bars miteux américains, faute d’être capable de faire mieux. En fait, ils portent lourdement sur leur dos le succès artistique de leur père, le fameux Hart White qui les hante viscéralement.  Vous savez, celui qui porte un sourire Crest et qui traine sa guitare sur son dos, un brin de paille entre les dents sans jamais regarder en arrière…Celui là. Jessy — Robin-Joel Cool — noie son désespoir dans l’alcool telle une épave rouillée et crasseuse, tandis que Lulla — Édith Arvisais — reste aveugle face à sa misérable réalité et s’obstine à la manière d’un taureau enragé à chanter devant «une salle pleine de beaux gros fingers ben drettes dans les airs ». Alors qu’ils se trouvent au fond du baril, ils rencontrent David — Mathieu Lepage — un cowboy contemporain vivant drôlement dans la mémoire des Classiques de l’Ouest, qui se dit admirateur de leur musique et leur offre de devenir leur agent. Ainsi, Gunshot de Lulla West propose un road movie théâtral aux accents acadiens, où ce trio insolite est appelé à traverser mille et une péripéties pour arriver à leur destination finale : la maison familiale. Ou peut-être est-ce leur point de départ, après tout? Là où tous les problèmes ont commencé, où il ne reste que Rouge-Gorges — Vivianne Audet —, férocement amoureuse de Jessy et figé dans son passé d’adolescente, les phénoménales tempêtes de vent et les poissons dans l’eau.

            Dans la salle intime du théâtre Prospero, cette pièce écrite et mise en scène par Eugénie Beaudry, provoque un imaginaire fertile par ses paroles crues aux tournures de l’Acadie. Oubliez les expressions du groupe Radio Radio, s’il vous plaît. Ce mélange de franglais à la poétique unique cache un mystère qui se laisse découvrir peu à peu sans pourtant tout dévoiler. Car Gunshot de Lulla West apparaît comme un véritable triller aux promesses truffées de mensonges et de secrets. Tout n’est pas noir ou blanc, mais plutôt brun western, causé par les superpositions de couches de couleurs, teintes que les acteurs rendent efficacement bien. Derrière leur chapeau, leur profonde humanité transparait dans un souci du détail remarquable où chacune de leur mimique est savoureuse. Dans un décor simple, avec seulement une cabane et un balcon de bois, quelques amplis, un micro et plusieurs bouteilles de bière, c’est le jeu des acteurs qui prime. Le tout se veut ludique, parfois affreusement drôle, à d’autres moments simplement touchant.

            Si les références aux incontournables films de Sergio Leone pleuvent durant le spectacle, la mise en scène en est également colorée. Les multiples procédés cinématographiques, ingénieusement soutenus par les effets de lumières, donnent du souffle au texte et comblent ce qui ne peut être dit par les mots. Si les transitions semblent parfois fragiles, elles ont la qualité d’être inventives et d’une beauté lyrique. L’ambiance sonore enveloppante y joue aussi pour beaucoup. Quelques sons paraissent surfaits, mais la guitare, l’harmonica et le chant sur scène renforcent l’intimité entre les personnages et le public. Même si elle n’en est qu’à sa véritable première mise en scène, Eugénie Beaudry semble avoir compris les éléments fondamentaux propres à la qualité d’un spectacle et à su insuffler la touche de magie nécessaire à la théâtralité.

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