Ta Mère accouche de sa première fille

7 Oct

Les éditions de Ta Mère ont accouché de leur premier bébé fille, après avoir publié dix livres d’auteurs masculins. La mère et l’enfant se portent bien, même que je les ai rencontrés pour en jaser! Petit topo.

Le 26 septembre dernier, Maude Nepveu-Villeneuve lançait son premier roman, Partir de rien. Tirant ses origines d’une nouvelle écrite il y a maintenant sept ans, le texte s’est développé, ramifié et complexifié pendant toutes ces années, se muant de version en version comme une chenille en papillon, jusqu’à atteindre sa forme définitive : une histoire à la frontière de l’enfance et de la vie adulte, un histoire de transitions, de fuite et de déchirures. Bref, une histoire d’adolescence. L’histoire que l’auteure aurait aimé lire adolescente.

Souce: Nightlife.ca

Il y a d’abord ces deux amies fusionnelles, au milieu d’un champ. Il y a ce village vidé pour construire un aéroport. Il y a cette ville portuaire immense et étrangère, ces gens rencontrés dont on ne sait quoi penser, ces doutes et ces failles qui s’installent dans les certitudes de l’enfance. Il y a ce bateau qui mène vers l’horizon. Écrit principalement en phrases simples, directes et factuelles, Partir de rien évoque des lieux jamais nommés, lesquels semblent à la fois familiers et étrangers : « Je n’ai pas voulu enfermer l’histoire dans des référents, pour qu’on puisse rester dans cette espèce d’illusion », explique l’auteure.

Écrire un livre sur sept ans, ça comporte son lot de difficultés. D’abord, l’écriture évolue, en sept ans! Il faut constamment se réajuster, ressortir le texte du tiroir où on l’avait confiné pendant deux ans, et uniformiser le résultat final afin que le tout soit cohérent. En tout, Maude Nepveu-Villeneuve aura écrit son roman quatre fois.

Bien que le roman ne soit pas autobiographique, l’auteure a mis un peu d’elle-même dans son texte. D’abord, sa famille a été expropriée pour construire l’aéroport de Mirabel. De plus, elle a connu, comme ses personnages, les villes portuaires et le vent du large : « Mon père a un voilier depuis que j’ai douze ans. J’ai fait deux traversée, une de cinq jours et une de neuf jours, en mer, sans arrêt ». Le vocabulaire nautique n’a donc pas été bêtement tiré de Wikipédia!

Je ne ferai pas de jeux de mots d’accouchement parce que tout le monde lui en a fait (son bébé humain est né cet été et son bébé littéraire cette automne, ce qui donne toujours une belle finale à un article). Je vais me contenter de vous dire que Maude Nepveu-Villeneuve nous offre un univers évocateur laissant place à l’imagination du lecteur, et qu’elle atteint très bien son objectif : moi aussi, c’est une histoire que j’aurais aimé lire adolescente, quand, un pied dans l’enfance et un pied dans l’âge adulte, on part en quête de notre identité, de nos frontières, ce qui ne se fait pas sans casser des œufs, ou sans laisser derrière nous des gros pans de notre enfance.

LES ÉDITIONS DE TA MÈRE

La légende raconte que les éditions de Ta Mère seraient nées de la rencontre fortuite entre quelques bières et trois cégépiens littéraires motivés, dans un sous-sol bétonné au mobilier d’une autre époque [dramatisation]. En effet, c’est en 2005 que Rachel Sansregret, Guillaume Cloutier et Maxime Raymond lancent l’idée d’une maison d’édition afin de rendre concrets leurs fantasmes littéraires : des livres aux univers singuliers, aux styles uniques et aux couvertures alléchantes, qui permettraient à de nouveaux auteurs de faire leur entrée dans le big-bad-world de la littérature.

Rachel Sansregret et Maxime Raymond (source: leprogresvilleray.com)

Depuis, Ta Mère n’a pas pris une ride et a engraissé de onze livres, tous plus originaux les uns que les autres. De cégépiens visionnaires, les trois fondateurs sont devenus des éditeurs sérieux (pas dans le sens plate, on s’entend), et ce, de façon complètement autodidacte. Si les deux premiers recueils ont été l’occasion de se faire la main un tantinet, les publications de Ta Mère sont aujourd’hui dans mon (et bientôt votre) top 10 des livres-vraiment-beaux-que-je-veux-dans-ma-biblio. Benoît Tardif, qui signe le graphisme des couvertures, est le grand artisan de l’identité visuelle que s’est construite Ta Mère.

La maison d’édition est gérée bénévolement par ses membres, ce qui démontre une dévotion impressionnante : plusieurs heures d’implication hebdomadaire sont nécessaires afin de donner naissance à un livre. Quand on met autant de soi dans un projet, il faut qu’il nous parle, qu’il nous passionne. C’est pourquoi les éditions de Ta Mère choisissent des manuscrits qui leur titille la fibre littéraire, des écritures qui portent ce je-ne-sais-quoi d’étincelant, de fertile. Et ils ont l’œil : Ceci n’est pas une histoire de dragons, de Mathieu Handfield, a fait partie de la liste préliminaire du Prix des Libraires du Québec en 2011.

J’entends mon amie geek me crier : « Ben voyons donc, partir une maison d’édition papier en 2011! Le livre papier est sur son lit de mort! » en téléchargeant du Marc Lévy sur son Ipad. Cette perspective ne fait pas sourciller l’équipe de Ta Mère : « Un livre, c’est tellement pur, c’est tellement un objet iconique! Quand il est beau, les gens ont le goût de l’avoir. Les gens vont toujours avoir une pile de livres chez eux», affirme Maxime Raymond.  C’est absolument vrai, surtout si on se fie au dernier catalogue IKEA. Ta Mère projette néanmoins de rendre accessible tous ses ouvrages sur le World Wild Web (oui, wild). Toutefois, l’objet qu’est le livre revêt pour eux une importance capitale, et une dimension non négligeable du plaisir de la lecture.

 

Je termine en vous annonçant une merveilleuse nouvelle : Ta Mère est enceinte! En effet, Ta Mère a le col dilaté à cinq centimètres et va bientôt accoucher de deux nouveaux-nés!

D’abord, un collectif d’auteurs de théâtre vous mettra sous la dent un bouquin surprenant. Sarah Berthiaume, Simon Boulerice, Mathieu Handfield et Jean-Philippe Baril-Guérard se partagent la plume dans Les cicatrisés de Saint-Sauvignac (histoires de glissades d’eau)  « C’est un espèce de roman à quatre voix, un peu comme quatre contes urbains qui se répondent», explique Maude Nepveu-Villeneuve, la grande prêtresse de la révision au sein de l’équipe.

Le deuxième poupon, plus mystérieux, est une traduction d’un vieux texte publié aux États-Unis, par un jeune auteur qui, alors qu’il fait un mémoire sur Michel Tremblay, découvre les secrets d’état concernant le célèbre auteur dramatique et la quasi-totalité du gratin culturel québécois. On ne peut pas vous en dire trop, mais il est question d’espionnage, et l’espionnage, c’est vraiment hot.

Ta Mère en cinq questions douteuses :

Un livre que Ta Mère ne publierait jamais? « Des mémoires de baby-boomers, ou un livre de self-help, de psycho pop. Sauf s’il est ironique. Ou s’il fonctionne pour vrai! »

Si Ta Mère était un proverbe? « Advienne que fuck off. »

Ta Mère porte des shorts ou une jupe? « Cinquante-cinquante » (Wo. Ta Mère porte donc une jupe-culottes)

Ta Mère a peur de quoi? « De Michel Tremblay »

Ta Mère rêve de quoi? « De ne pas finir dans un trailer-park »

 

Le site web de Ta Mère

Ta Mère sur Facebook

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Une Réponse to “Ta Mère accouche de sa première fille”

  1. Maxouel 7 octobre 2011 à 15:45 #

    Très chouette article ! Longue vie à Ta mère ! Et mention spéciale à l’adverbe «Advienne que fuck off» :D

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