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Lettre ouverte à mon collègue de travail.

7 Fév

Montréal, 7 février 2012.

Cher Collègue, chers lecteurs,

Dans la vie, j’aime le théâtre, c’est connu! D’ailleurs, la majorité de mes activités hebdomadaires convergent vers le théâtre : j’organise mon horaire en fonction des pièces que je sélectionne, je choisis de m’endetter de plus de 8 000$ pour l’étudier à l’université, la plupart de mes sujets de conversations touchent de près ou de loin le théâtre, je travaille plus de 20 heures par semaine dans un resto pour payer mes billets de spectacles, sans compter le beau montant qui attend patiemment sur ma carte de crédit… Bref, j’aime VRAIMENT le théâtre.

J’ai un collègue de travail qui aime aussi le théâtre…par l’entremise de sa copine. En plus d’étudier la littérature comparée à l’UdeM, elle adore sa petite sortie théâtrale du samedi soir. Agrémentée d’un souper en amoureux, quel luxe!

À chaque évènement important qui ponctue leur relation, mon collègue amène sa chérie au théâtre pour lui faire plaisir. Souvent, il me demande conseil : « Qu’est-ce qui joue ce mois-ci, j’emmène ** au théâtre pour sa fête », « Hey dimanche c’est notre anniversaire de couple à moi pis **, t’as-tu une bonne pièce à me suggérer? ». Dans un moment d’angoisse, mon collègue m’a même déjà confié sa carte de crédit pour que je réserve ses billets par téléphone… Voilà que ma passion pour le théâtre rime avec secrétariat! Quant à ses choix, mon collègue ne m’écoute pas toujours.

Un soir, très tard, mon collègue et moi prenions un verre au bar. Pour une raison qui m’échappe, ou peut-être parce que nous avions abusé de l’expression « prendre UN verre », la conversation s’est échaudée. Je me suis mise à critiquer ses choix théâtraux, un peu trop « institutionnalisés » à mon goût. Et un débat enflammé sur la pertinence de remonter des classiques, la place du théâtre dans la société, sa nécessité, son rôle, s’en est suivi… Puis, sa copine « chanceuse-d’avoir-un-chum-qui-l’invite-au-resto-et-au-théâtre-chaque-fois-que-c’est-significatif » est entrée dans le resto. Et le débat a repris :

MOI

Si le théâtre se revendique comme un miroir de sa société, criss, à quoi ça sert de monter un Molière, hein???

MON COLLÈGUE

Oui mais l’essence de l’Homme reste la même, peu importe l’époque. On peut s’adresser à un public contemporain avec un œuvre d’une autre époque!

MOI

Aaaaarrgg ok, mais si on s’adresse à un public dans une langue qui date, et en lui présentant des problématiques qui le concernent plus, normal qu’il se sente pas interpellé et qu’il se fasse chier. Ça m’étonne pas que la majorité des gens perçoive le théâtre comme un art de matantes snobs. Faut que public soit actif dans une certaine mesure, pas simplement passif, merde!

SA COPINE CHANCEUSE

Mais qu’est-ce que tu fais du divertissement. Monter un Feydeau ou un Molière, ça reste drôle!

MON COLLÈGUE

Ouin.

MOI

NOOOON! Pas l’argument du divertissement, S’IL-VOUS-PLAÎT. Pour moi le théâtre doit confronter le spectateur, bousculer sa propre perception du monde. Le brasser. C’est pas en créant une immense frontière entre la scène et la salle que ça va marcher! Ce genre de théâtre-là ne pose aucune question, nous prend pour des cons, ne remet rien en cause, donc est MORT!!

MON COLLÈGUE

SA COPINE CHANCEUSE

Puis, nous nous sommes resservi un verre de blanc.

QUELQUES SEMAINES PLUS TARD…

Photo : Théâtre Sibylline

Je sors du métro, et me dirige vers le resto, je travaille. Sur mon chemin, je passe devant un commerce dont les fenêtres sont troquées contre des planches de bois. Ils doivent rénover (ou ils ont brûlé). Heureusement, de grandes affiches agrémentent un peu ce qui semble être en chantier. J’aperçois l’affiche de L’opéra de quat’sous, celle qui a fait scandaleOu pas vraiment en fait.

Je me dis qu’elle est belle. Vraiment belle. Je me dis que j’aimerais bien en avoir une pour mon appart. Je me dis qu’ils doivent vendre ça cher à l’Usine C. Quoi qu’il en soit, j’entre dans le resto. Dans le hall, dont les murs sont so Publicité Sauvage, il y a THE affiche de L’opéra de quat’sous. Je passe la deuxième porte. Mon collègue, le même qu’au début, est là. Je lui dis que j’ai envie de voler la fameuse affiche, avant même de lui dire bonjour. Il me dit que je ne suis pas très polie et qu’en plus, je suis malhonnête! On rigole.

Pendant qu’on fait le ménage, comme à mon habitude, j’informe mon collègue de mes sorties théâtrales du moment, ça l’intéresse:

MOI

Hey ** je vais voir l’Opéra de quat’ sous mercredi soir!! J’ai tellement hâte!

MON COLLÈGUE

La pièce de l’affiche que tu veux voler, là? Je suis sorti avec [une des comédiennes jouant dans L’opéra de quat’sous] quand j’étais en 6e année!!

MOI, toute excitée, car je suis un peu groupie.

Hein??? Pour vrai??

Ce soir là, en sortant du resto aux petites heures du matin, je me suis rappelé in extremis que je voulais subtiliser l’affiche au moment où un autre collègue a crié de se dépêcher de sortir à cause du système d’alarme. Je l’ai presque arrachée du mur, suis sortie en vitesse telle une Mackie-le-Couteau du poster. Le vent a un peu déchiré mon butin…

LE SOIR DE LA REPRÉSENTATION DE L’OPÉRA DE QUAT’SOUS (ou mon commentaire du spectacle)

Brigitte Haentjens, et la compagnie de création Sibyllines, nous transportent dans le Montréal interlope des années 39. Un Montréal qui se remet lentement mais sûrement du Krach boursier de 1929 et où les brigands s’acoquinent avec les putains de coins de rue. C’est en adaptant les mots de Brecht dans un québécois des plus sentis que Jean Marc Dalpé s’adresse au public de 2012.  Des « Lâche pas la patate », « M’a t’en crisser une », « Maudite conne » retentissent entre les murs de l’Usine C. Comment ne pas se sentir interpellé?

À l’époque où il écrit son Opéra de quat’sous, Brecht fait preuve de vision, traçant le portrait d’un Londres où « Les mendiants mendient, les voleurs volent, les putains font les putains. » Inutile de préciser qu’il y développe une critique de la société corrompue, rongée par l’appât du gain, le tout enrobé de son fameux processus de distanciation éponyme. Difficile pour un public actuel de ne pas faire de rapprochement avec les mouvements Occupy Wall Street et autres indignés. Voilà un discours politique extrêmement bien manié par Haentjens, qui orchestre les scènes de groupe comme personne. La mise en espace de la chanson Servez la soupe avant la morale, par exemple, où l’intégralité de l’impressionnante distribution traverse la scène tout en fixant le public, ne laissera personne de glace. Dans un même ordre d’idée, la directrice artistique de Sibyllines joue adroitement avec les théories proposées par Brecht en réduisant la prison à un simple carré de craie ou en choisissant d’annoncer chacune des scènes à haute voix, tout en mettant en lumière les changements apportés au texte initial. Propositions tout à fait ingénieuses!

Assise sur le bord de mon siège de la rangée H, peut-être pour me sentir encore plus près de l’action, certaines scènes me transportent carrément dans un autre univers. Je pense entre autres à la « danse désarticulée » de Jenny-la-putain (renversante Céline Bonnier). Peut-on y voir une incarnation de la marionnettisation de l’homme par le système? J’ose y croire.

Dans tous les cas, les ruptures de ton, où le dramatique flirte avec un mélodrame à l’eau de rose, sont extrêmement efficaces. Haentjens, mariant à merveille texte et chansons, exprime, transmet la nécessité de monter CE texte et pas un autre, aujourd’hui, en 2012, chez nous et pas chez le voisin! Voilà la pertinence de mettre en scène une œuvre dite « classique ». Voilà une manière habile de s’adresser à son public, sans le prendre pour un pauvre pantin, un vulgaire automate.

Merci pour cette révélation.

NOW WHAT?

Je n’irais pas jusqu’à dire que je démentis entièrement les propos soutenus à mon collègue de travail, le théâtre a encore bien des choses à me prouver. Mais voilà néanmoins une preuve tangible de la pertinence de monter un texte plus ou moins daté, de la manière avec laquelle il peut être relu avec vision, bien fondé, et reçu par un public contemporain.

Sans offense cher collègue,

Laïma A.

Ps: La fameuse affiche a bien vite trouvé sa place sur le mur de ma chambre. Et je l’adore.

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Ma Fin Novembre à moi

22 Nov

À chaque fin de session. c’est la même histoire: » Je ne serai pas dernière minute,non, je ne serai pas dernière minute, c’est claaaair! » Heu…QUOI!?!? La remise est déjà demain??

**FAIL**
Et j’ai envi de m’arracher les cheveux.

Et comme à chaque fin de session, je me retrouve devant mon ordinateur, la veille de la remise et je pense inévitablement à ça:

Si seulement la vie pouvait être aussi simple qu’en 1986!

Merci à nos lecteurs de partager une petite parcelle de ma fin de session! Et pour ceux qui n’ont pas encore vu Ferris Bueller Day’s off, allez le louer! C’est un excellent film à écouter pendant les vacances de Noël, en pyjama, avec des biscuits en pain d’épices et un grand verre de lait… Ou si comme moi, vous maudissez votre fin de session, écoutez le dès maintenant!

Cheers!

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