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Je n’ai participé à aucune manifestation

1 Mai

Je n’ai participé à aucune manifestation.

J’ai préféré, à de nombreuses reprises, regarder le défilement de ces gens forts, heureux, courageux.

 

Je n’ai participé à aucune manifestation.

J’ai même omis de porter le carré rouge, jusqu’à il y a tout juste quelques semaines.

 

Je n’ai participé à aucune manifestation.

J’ai lu quelques articles de journaux, entendu quelques reportages radiophoniques, écouté quelques plaintes bien senties.

 

Je n’ai participé à aucune manifestation.

J’ai occupé mon temps plutôt que de remplir mon devoir en allant voter à mes assemblées générales.

 

Je n’ai participé à aucune manifestation.

Je me suis tue, ne retweetant rien, ne partageant rien sur mon compte Facebook, sinon les habituelles insignifiances qu’on me connaît.

 

Je n’ai participé à aucune manifestation.

J’ai pris position contre la hausse, mais ne débattant vraiment jamais avec quiconque.

 

Je n’ai participé à aucune manifestation,

mais j’ai quand même eu les larmes aux yeux.

 

Je n’ai pas choisi de rester à l’écart. Mais la violence émotionnelle, politique et historique me pousse hors du conflit. Je reste prise dans l’inaction.

J’absorbe. Les cris, les pleurs, les coups, l’indifférence. Silencieusement, je vous regarde agir. Haïr.

 

Ne m’en voulez pas. Je suis avec vous.

Je serai là, quand ce sera terminé.

Je vous promets d’être là pour témoigner de cette génération de laquelle on n’attendait plus rien.

De cette si étrange conflictualité qui nous habite. Celle de tout avoir et de ne rien posséder. Celle d’avoir des idéaux qu’on trouve idéalistes. Celle d’être finalement trop intelligent. Celle d’avoir des parents qui sont d’accord, mais trop fatigués pour agir.

Celle de partager notre quotidien avec des hipsters, des douchebags, des hippies, et de n’être finalement rien au cœur de tout ça.

 

Je me demande souvent ces jours-ci si Montréal n’est pas devenue étrangère en son pays. Si le Plateau, le Mile-End, Outremont, sont une étrange communauté au sein d’une province qui la regarde avec peur, mépris, incompréhension.

 

Je me tais.

Je vous laisse parler.

Vous avez tellement de choses à dire.

 

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Ode à la cantine

27 Fév

Je me suis dit : « Je ne parlerai pas de théâtre ! »

(Mais c’est inévitable, bien entendu. Ça ne durera pas longtemps, je vous le promets.)

J’ai revu, vendredi dernier, une de mes pièces de théâtre préférée : En attendant Gaudreault précédé de Ta Yeule Kathleen. Un véritable bijou du théâtre émergent, écrit et mis en scène par Sébastien David, qui nous plonge en plein dans l’Hochelaga des années 90.

Une époque et un lieu pas si loin, qu’on retrouve à quelques stations de métro de chez nous ou le temps d’une journée quand on visite notre famille dans leur lointaine contrée. Un endroit où les hipsters ne font par le poids devant l’élégance vestimentaire des habitants, où on écoute avec passion Boom Desjardins et Lynda Lemay, où le pâté chinois revient chaque semaine sur le menu et où le Journal de Montréal fait figure de Bible.

Un endroit d’où je viens et que j’aime d’amour. Car oui, comme beaucoup d’universitaires montréalais pseudo-intellectuels, je suis une imposteure. J’ai été élevée dans le royaume des animaux en cage et de la surutilisation des insignes en néons, et ma famille n’échappe pas aux clichés : ma grand-mère buvait du Pepsi au déjeuner, mon oncle achetait des caisses de Laurentide parce qu’il y avait en 28 pour le prix de 24 et on est tous des pros au bowling.

Ce monde qu’on retrouve partout à une heure de Montréal et en concentré dans ‘chlag, c’est aussi celui qui est si tendrement ridiculisé dans Clotaire Rapaille, l’Opéra-rock, et si tristement dépeint dans Ta yeule Kathleen + En attendant Gaudreault.

À l’heure des grands débats de sociétés – frais de scolarité, registre des armes, fermeture des Zellers – on oublie souvent que c’est ce « monde » là qui a le plus grand poids politique. Jamais on ne leur demandera leur avis – voyons donc, ils sont pas assez articulés, ils savent pas de quoi ils parlent ! – mais les p’tites gens des « régions », ils ont aussi le droit de vote et ils vous surpassent de beaucoup en nombre, oh vous Montréalais qui avez fait des études postsecondaires et qui ne buvez que de la bière de micro-brasseries québécoises.

On a une fâcheuse tendance à les faire taire, alors qu’ils nous en apprennent plus sur nous-mêmes que n’importe quel article d’Urbania.

Je lance donc un appel au ressourcement, un retour à l’ordinaire, une ode à la cantine.

Prenez congé de votre Macbook Pro, de votre abonnement au Devoir et du dernier film de Polanski.

Mettez votre ensemble t-shirt + pantalon coton ouaté le plus confortable.

Prenez le bus jusqu’à Ontario/Pie-IX, ou encore mieux, votre voiture jusqu’à Granby, idéalement au beau milieu de l’après-midi.

Entrez dans la première cantine que vous voyez, qui n’est pas une Belle Province. (Si vous vous sentez encore plus courageux, une brasserie ou une taverne sont encore plus de mise).

Observez l’endroit et assoyez-vous où l’action se passe, c’est-à-dire près des gars qui sont là tous les jours et qui ne manqueront pas de vous jaser ça.

Commandez quelque chose de bien graisseux et une p’tite liqueur (ou une grosse Labatt 50, si possible) et faites quelques blagues de mauvais goût à la serveuse qui en a vu d’autres.

En attendant votre commande, prenez le Journal de Montréal et osez commenter à haute voix un article sur les maudits étudiants qui bloquent le pont.

Attendez.

Avec un peu de chance, vous aurez une réponse, et surtout, une conversation.

Si ça ne fonctionne pas, attendez encore. Changez de place, parlez au cuisinier, à la serveuse, au vieux bizarre au comptoir. Dans le pire des cas, si tout le monde vous regarde comme un extra-terrestre, passez simplement la journée à écouter les conversations des autres.

Et quand vous sortirez de la place, un peu troublé de cette expérience, prenez le temps du retour pour constater ce que vous avez appris sur « l’opinion populaire ».

À votre grande surprise, ça aura probablement été beaucoup plus politique que 2h30 de Tout le monde en parle, plus philosophique qu’un roman de Kundera et plus drôle qu’un Molière au TNM.

Les madames qui parlent en joual de Michel Tremblay, ce n’est pas le souvenir d’une tendre époque qu’on regarde gentiment en souriant. C’est tout un pan de la culture québécoise qu’on tente désespérément de taire et qui en a pourtant tellement à dire sur ce qui se passe.

Des gens qui n’ont pas lu Nietzsche, mais qui peuvent très bien vous parler de la mort de Dieu. Des gens qui n’ont pas été ben ben longtemps à l’école, mais qui connaissent la valeur de l’éducation. Des gens qui écoutent les nouvelles à TQS, mais qui ont une opinion.

Peut-être que je suis tannée d’être à l’université. Peut-être que je suis tannée d’avoir l’impression de pelleter des nuages quand on me parle de phénoménologie. Peut-être que je suis tannée du théâtre qui se donne des airs de quelque chose qu’il n’est pas.

Peut-être que j’ai juste envie d’entendre parler des « vraies affaires », par du « vrai monde ».

Fac qui vient manger une poutine ?

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