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Je n’ai participé à aucune manifestation

1 Mai

Je n’ai participé à aucune manifestation.

J’ai préféré, à de nombreuses reprises, regarder le défilement de ces gens forts, heureux, courageux.

 

Je n’ai participé à aucune manifestation.

J’ai même omis de porter le carré rouge, jusqu’à il y a tout juste quelques semaines.

 

Je n’ai participé à aucune manifestation.

J’ai lu quelques articles de journaux, entendu quelques reportages radiophoniques, écouté quelques plaintes bien senties.

 

Je n’ai participé à aucune manifestation.

J’ai occupé mon temps plutôt que de remplir mon devoir en allant voter à mes assemblées générales.

 

Je n’ai participé à aucune manifestation.

Je me suis tue, ne retweetant rien, ne partageant rien sur mon compte Facebook, sinon les habituelles insignifiances qu’on me connaît.

 

Je n’ai participé à aucune manifestation.

J’ai pris position contre la hausse, mais ne débattant vraiment jamais avec quiconque.

 

Je n’ai participé à aucune manifestation,

mais j’ai quand même eu les larmes aux yeux.

 

Je n’ai pas choisi de rester à l’écart. Mais la violence émotionnelle, politique et historique me pousse hors du conflit. Je reste prise dans l’inaction.

J’absorbe. Les cris, les pleurs, les coups, l’indifférence. Silencieusement, je vous regarde agir. Haïr.

 

Ne m’en voulez pas. Je suis avec vous.

Je serai là, quand ce sera terminé.

Je vous promets d’être là pour témoigner de cette génération de laquelle on n’attendait plus rien.

De cette si étrange conflictualité qui nous habite. Celle de tout avoir et de ne rien posséder. Celle d’avoir des idéaux qu’on trouve idéalistes. Celle d’être finalement trop intelligent. Celle d’avoir des parents qui sont d’accord, mais trop fatigués pour agir.

Celle de partager notre quotidien avec des hipsters, des douchebags, des hippies, et de n’être finalement rien au cœur de tout ça.

 

Je me demande souvent ces jours-ci si Montréal n’est pas devenue étrangère en son pays. Si le Plateau, le Mile-End, Outremont, sont une étrange communauté au sein d’une province qui la regarde avec peur, mépris, incompréhension.

 

Je me tais.

Je vous laisse parler.

Vous avez tellement de choses à dire.

 

Où le piéton devrait techniquement être roi

15 Sep

Sortie du métro Laurier, avenue Laurier, avril 2010 

Je vais rendre visite à une amie qui habite juste en face, rue Berri. Je n’ai qu’une rue à traverser, mais ce jour-là il pleut à verse. J’ai prévu le coup avec mon parapluie ET mon imperméable, mais le vent et la tempête semblent particulièrement contre moi. Comme une bonne citoyenne, je décide de marcher jusqu’au coin de la rue et de traverser au passage piétonnier plutôt que de passer en vitesse au milieu de la route. Je me rends au coin tranquillement, essayant de ne pas trop me faire mouiller. Je m’engage sur la voie et m’apprête à traverser quand je vois une voiture arriver en trombe. Elle semble visiblement ne pas vouloir arrêter alors plutôt que de me faire écraser ou tout éclabousser, je décide de reculer et de retourner sur le trottoir. De plus en plus mouillée, mais toujours patiente, je m’avance à nouveau sur la route. Une autre automobile apparaît, blanche, gyrophares rouges et bleus sur le toit; la police. Rassurée, je me dis que les agents de la paix connaissent leurs panneaux de signalisation et qu’ils vont s’arrêter, mais au lieu de ralentir, la voiture accélère et m’ignore complètement. Le policier passe et s’éloigne bien sec au volant alors que je traverse enfin, trempée et un peu fâchée. Il me semble que mes cours de conduite théoriques m’avaient appris à céder le passage à un piéton engagé sur ce genre de voie, mais bon, comme ces notions sont un peu loin derrière moi, je laisse tomber ma frustration et oublie l’affaire.

Downtown New Westminster, juillet 2011 

Je marche dans le centre-ville avec la famille qui m’accueillera pour le prochain mois. C’est ma première journée à Vancouver et bien que ressentant un peu le décalage horaire, la nouveauté du paysage prend le dessus sur ma fatigue. Mes hôtes me montrent les principaux centres d’intérêt, la bibliothèque, le centre d’achat et les bons restaurants. Je réalise peu à peu le nombre considérable de passages piétonniers sur les routes et encore plus étonnant, le respect de ces signalisations par les automobilistes. Toutes les voitures, sans exception, s’immobilisent lorsqu’elles voient un piéton près d’une des voies, même s’il n’y est pas encore engagé. Agréablement surprise, mais pas tout à fait confiante j’emprunte mon premier passage piéton de Vancouver un peu à reculons. Trois semaines plus tard, force m’est de constater que l’observation de ma première journée n’était pas une singularité et que les automobilistes respectent vraiment les passages piétons.

Boulevard St-Laurent, septembre 2011 

De retour à Montréal, je marche tranquillement vers l’UQAM en regardant ma ville tendrement. Après plus d’un mois passé à l’étranger, Montréal me semble belle et particulière en ce début de journée. Je suis en train de me réjouir du beau temps quand j’aperçois les distinctives marques sur la route qui signale un passage piétonnier. La peinture paraît fraîchement repeinte et je m’approche pour m’assurer que les panneaux de signalisation, que je vois à l’envers, sont bien ceux que je redoute. Peu pressée, je décide de m’arrêter et d’observer les passants. En cinq minutes, je constate que personne, autant les voitures que les marcheurs, ne respecte la voie piétonne. Moi-même, je n’aurais jamais tenté la chance de traverser à cet endroit tant les véhicules roulent vite et ne semblent pas enclins à s’immobiliser.

Le soir même, curiosité me prend de vérifier la véritable loi liée à ce fameux panneau de signalisation. Le site internet de La Société de l’assurance automobile du Québec stipule ceci :

LES PASSAGES POUR PIÉTONS

Les passages pour piétons sont délimités par des

bandes jaunes; ils sont indiqués par un panneau. Ces

passages, souvent situés hors intersections, vous

donnent la priorité lorsque vous vous y engagez. Les

automobilistes et les cyclistes doivent s’immobiliser

pour vous laisser passer.

Ne pas respecter ces règles

peut entraîner une amende

de 15 $ à 30 $

et des frais judiciaires

Pas étonnant qu’avec cette mince contravention, personne ne respecte les signaux de passages piétonniers, incluant la police. À quoi servent ces panneaux que personne ne considère? À rien visiblement. Pourquoi alors continuer d’en implanter un peu partout dans la ville comme des symboles illusoires d’une valorisation de la marche à pied? Sacrés passages piétonniers!

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