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En terre inconnue

20 Fév

En terrains connus

Un film de Stéphane Lafleur
Avec:Francis La Haye, Fanny Mallette, Michel Daigle,
Denis Houle, Suzanne Lemoine, Sylvain Marcel
Durée: 1h45

Je dois avouer d’entrée de jeu que Continental: un film sans fusil m’avait amplement flabergastée, assez pour qu’il me reste gravé en tête jusqu’à aujourd’hui des images (étrangement réconfortantes) de chambres d’hôtel mornes, d’appartement blême et de danse en ligne. Ma petite sœur, alors âgée de seize ans et gonflée d’hormones sur lesquelles elle n’avait pas encore tout à fait le contrôle, m’avait passé un savon pour l’avoir amenée voir « un film aussi plate, my god, comment avez-vous pu penser que j’allais aimer ça ils parlent jamais pis le décor est laitte ».

Une chose est sûre: je n’inviterai pas ma sœur à venir voir En terrains connus avec moi, parce que le dernier né de Stéphane Lafleur se place tout naturellement aux côtés de Continental dans mon tiroir intérieur de merveilleux moments de cinéma. Elle ira se cultiver avec un autre bouc émissaire.

L’histoire est somme toute assez simple: Benoit (Francis La Haye), qui habite avec son père, reçoit la visite surprise d’un homme venant du futur (du mois de septembre, en fait), lequel lui annonce que sa sœur, Maryse (Fanny Mallette), va mourir dans un accident de voiture. Maryse, de son côté, travaille à l’administration d’une usine de boîte de carton où elle assiste, impuissante, à un accident de travail.

L’histoire se tisse de manière lente et naturelle, avec l’hiver québécois de fin février en trame de fond. Lafleur a assurément été plus clair dans son humour que dans Continental, et dans la salle, ce soir, les gens riaient franchement. Moi aussi. De plus, le rythme du film ne gruge en rien le suspense et la surprise. Je dirais même qu’il les exacerbe.

Je dois avouer autre chose: j’adore Fanny Mallette. J’aime ses yeux tristes et heureux à la fois, son air  timide et profond, son nez, la façon dont elle regarde ailleurs, sa force tranquille.

Le personnage de Maryse m’a énormément émue, pas dans le sens « Oh my god pauv’ ‘tite, sa vie est donc ben plate ». Elle m’a émue parce qu’en la regardant, je me rendais compte à quel point je ne voulais pas être comme elle, mais aussi à quel point il ne suffirait de presque rien pour que ce soit le cas.

Autre point marquant: le rapport au son. Les silences prennent une grande place dans le film, on s’y attendait un peu. Pourtant, chacun des bruits, que ce soit le vin qui coule dans les verres, les pas dans la neige, la voiture qui démarre, les tissus qui se touchent, chaque bruit devient protagoniste. Tellement qu’en sortant du cinéma Quartier Latin, j’ai remarqué le bruit de la ventilation, le couinement de la porte, le glissement des bottes sur le tapis.

Je n’ai jamais critiqué de films. Je ne sais pas comment. Je sais encore moins bien comment vous parler d’En terrains connus sans répéter tout ce que j’en ai lu dans les journaux ces derniers jours. Non, ce n’est peut-être pas un film « grand public », à première vue. C’est un film intime. Humain. C’est certain que de rencontrer quelqu’un pour la première fois, quelqu’un dans la rue, qui a une vie aussi banale que la vôtre, ça peut sembler moins exaltant que d’aller passer une journée avec Jackie Chan, Bruce Willis, ou Patrick Huard. Mais on a beau aimer Jackie Chan et Bruce Willis (non, j’aime pas Patrick Huard), ça fait quand même du bien de jaser avec quelqu’un de vrai, parfois.

Je donne pas d’étoiles. Je trouve ça con, les étoiles.

Le Douteux

13 Fév

Tous les lundis soirs, Marilou-Garou et moi prenons religieusement la 197 en direction du succulent Broue Pub Brouhaha, coin de Lorimier. Une fois notre pinte de bière en main, nous gravissons les quelques marches qui nous séparent du lieu où nous nous abandonnerons au visionnement de vidéos et films poches pour les quelques heures suivantes, comme c’est le cas depuis maintenant 3 mois. (Poche est en fait l’expression grossière qu’il convient d’utiliser pour expliquer aux néophytes le concept de ces soirées où nous tentons de les attirer chaque lundi.)

Car le Douteux, c’est bien plus que le top 100 des meilleurs vidéos drôles de YouTube et la crème des films d’après-midi de feu-TQS.

Pour le spectateur occasionnel, c’est l’occasion de rire bien fort et en gang devant labsurdité des années 80 et de lancer des projectiles sur l’écran qui nous fait endurer les pires doublages du cinéma.

Pour l’habitué, c’est un « comic relief » hebdomadaire, avec son lot d’inside jokes qu’il peut chantonner en choeur avec ses comparses, tels que le Chip chip chip de The Room, la LOI de Judge Dredd et les classiques explosions d’hélicoptères. (Marilou-Garou et moi-même avons d’ailleurs un penchant avoué pour les Superpauses de Michel Louvain, le Street Safe de Paul Vunak et, bien entendu, Une fille inoubliable.)

Pour les infatigables organisateurs et bénévoles, et, espérons-le, une poignée d’indémordables, le Douteux est avant tout un organisme qui met de l’avant ce que la télé et le cinéma ont de plus insignifiant à offrir, dans le but d’en questionner, avec tout le cynisme que cela implique, la pertinence, les stratégies, etc. Avec tout le sérieux qu’il est possible d’avoir dans un contexte qui, avouons-le, se prête surtout à la dérision, ils partagent soirs après soirs leurs objectifs à la foule en délire :

– Développer le réflexe du questionnement par rapport à la culture de masse et éliminer l’acceptation automatique des idées reçues.
– Illustrer l’immense variété et l’incroyable omniprésence d’éléments douteux dans les médias, même les plus récents, même ceux à très haut budget.
– Développer chez l’auditoire le réflexe de questionnement par rapport à ce qui est présenté; susciter les conversations et les débats entre les auditeurs.
– Offrir des expériences de visionnement enrichissantes en présentant ce que les médias de masse ont de pire à offrir.

En somme, rire, oui, mais surtout critiquer ces productions dans lesquelles, ne l’oublions pas, plusieurs ont investi temps, argent, effort et, facultativement, talent.

Enfin convaincus? Venez nous rejoindre les lundis, entre 20h et minuit. Vous n’avez qu’à spotter la noère pis la tatouée qui ont l’air bête et snob dans un coin. C’est nous! On vous mangera pas, mais on vous proposera assurément de partager nos délicieux nachos!

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À l’affiche ce lundi, 14 février : Billy Bad

(Et n’oubliez pas d’aller voter chaque semaine pour le film que vous voulez voir!)

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