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De haut en bas

12 Déc
PAR: SOF LA TOF

 

Comme vous l’avez peut-être remarqué, vos chères Langues Sales sont des adeptes indéniables de théâtre. Jouer, écrire, lire, faire, voir, critiquer, rien ne nous arrête, et surtout pas nos cartes de crédit.

Quelques fois, on trompe notre art avec un autre, la danse. Et plus souvent qu’autrement, on en sort étonnées et ravies, mais surtout confuses. Car bien que la danse et le théâtre soient deux arts vivants aux similitudes plus que nombreuses, il reste que les outils de compréhension nous manquent, nous laissant pantoises, incapables que nous sommes de rationnaliser ce que nous venons de voir. Et rien ne nous aide à le faire non plus, les critiques en danse étant encore plus absentes qu’en théâtre.

Fred Gravel, chorégraphe de l’incroyable Gravel Works, l’a bien compris. Dans son dernier spectacle, présenté du 9 au 20 novembre dernier à La Chapelle, il joue au pédagogue pour nous aider à mieux comprendre l’objet qu’il nous jette en pleine gueule. Fidèle à son habitude, c’est-à-dire de commenter chaque numéro au micro, il commence le show en nous expliquant que nous ne sommes pas seuls à avoir de la difficulté à parler de la danse, et qu’il veut nous aider à le faire, d’une façon simple et efficace. Pour ce faire, nous n’avons besoin que de notre corps et de nos mains, qui nous serviront à désigner l’endroit où le numéro nous a touché : la tête, le coeur ou le sexe.

Trois éléments, donc, qui serviront à la critique amateure de danse que je suis de vous parler de Gravel Works.

TÊTE

Gravel Works appelle incontestablement notre intellect.

D’une part, parce que la présentation de chaque numéro nous donne toujours un certains nombre d’informations qui nous permettront de réfléchir à sa vue. Exemple: «La crise de l’art contemporain», où Gravel et son groupe nous invitent, par leur chute dans un ralenti-extrême, à réfléchir à leur vision de la crise de l’art contemporain. Ou encore les «Post-climax», une série de corps figés, qui demandent à notre imagination d’inventer ce qui a bien pu les mener là où ils sont.

D’autre part, l’indubitable présence d’un humour grinçant et d’une autodérision probante s’adresse directement à notre cerveau, s’il veut en comprendre la pertinence et le second degré. Car si Gravel souligne que le numéro de groupe est en fait un subterfuge visant à faire voir aux subventionneurs qu’ils savent utiliser un grand espace, c’est aussi une façon de nous dire que la danse manque terriblement de lieux et de financement.

(Et, disons-le, les enlevants rythmes rock qui ponctuent le spectacle nous amènent inévitablement à hocher de la tête!)

COEUR

Le coeur, haut lieu de la subjectivité, est définitivement l’un des pôles thématiques du spectacle.

Car Gravel Works s’intéresse visiblement aux relations humaines, tout particulièrement celles de l’intimité entre homme et femme, avec toutes les nuances qu’elle comporte. C’est à une constante recherche d’équilibre que nous assistons, où les êtres humains s’affrontent, se dominent, se rencontrent et se déçoivent. Les premiers et derniers numéros, soit le «Duo pas fini» et la «Nouvelle partie», nous montrent avec une beauté tangible ces corps qui partent à la rencontre de l’Autre, dans une impossible réunion.

(Il faut aussi noter le mal de coeur partagé entre les spectateurs et Éric Robidoux lors de sa course effrenée, où il dévore un sac de frites en faisant un marathon)

SEXE

L’autre pôle thématique du spectacle, c’est bien évidemment le sexe.

Dans Gravel Works, les magnifiques corps des danseurs sont bien mis en valeur dans des numéros où on explore à la fois leur apparence, leur attirance et leur résistance.

Dans le premier cas, on peut penser à ce moment où Fred Gravel joue langoureusement de la guitare à une des danseuses qui, sur un tapis de longs poils blancs, tente de trouver pour son corps les positions les plus sensuelles.

Dans le second cas, ce serait plutôt cet amusant numéro où Éric Robidoux tente de séduire deux danseuses à la fois, complètement dominé par son propre sexe qui court après l’une et l’autre.

Dans le dernier cas, le numéro «Rape me», sur la chanson de Nirvana du même nom, où les musiciens chantent a-capella pendant que les autres font une danse quasi-militaire où leur corps est violenté par le rythme de la musique.

(Et cas à part, le surprenant baiser d’Éric Robidoux sur ma joue m’aura «turnée-on», comme on dit!)

Tête + Coeur + Sexe,

trois zones de notre corps et de celui des danseurs, qui s’adressent autant à notre objectivité qu’à notre subjectivité, à notre rationalisation qu’à nos émotions, à notre esprit qu’à notre instinct.

Trois miroirs qui font du spectacle Gravel Works un objet complet, qui jette un regard kaléidoscopique sur l’être humain post-moderne, par le simple outil qu’est le corps.

 

 

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Gravel Works ou la danse contemporaine mise à nu

8 Déc
PAR: GRIVOISERIE

 

CONCEPT ET DIRECTION: FRÉDÉRICK GRAVEL INTERPRÉTATION ET CRÉATION: CAROLINE GRAVEL, ÉRIC ROBIDOUX, 
LUCIE VIGNEAULT, JAMIE WRIGHT, FRÉDÉRICK GRAVEL LES MUSICIENS: HUGO GRAVEL, PHILIPPE BRAULT INTERPRÈTES À LA CRÉATION: IVANA MILICEVIC, FRANCIS DUCHARME MUSICIEN À LA CRÉATION: STÉPHANE BOUCHER DRAMATURGIE: KATYA MONTAIGNAC

LUMIÈRE: ALEXANDRE PILON-GUAY SONORISATION: LOUIS CARPENTIER RÉPÉTITRICE: ANNE LEBEAU

On n’a certainement pas fini d’entendre parler du génie créateur de Frédérick Gravel, concepteur et directeur de Gravel Works, présenté au théâtre La Chapelle du 9 au 20 novembre 2010. On se souvient que le spectacle a fait partie de la programmation du Festival TransAmériques en 2009.

Dîplomé en danse de l’Université du Québec à Montréal, Frédérick Gravel termine actuellement une maîtrise dans son domaine. Artiste pluridisciplinaire, il a eu la chance de travailler comme chorégraphe aux côtés de Claude Poissant, metteur en scène du spectacle Mutantès, de Pierre Lapointe, dans le cadre des FrancoFolies de Montréal.

Ce qui fait la particularité du travail de Gravel, c’est le rapport qu’il entretient avec son public. En effet, il accentue la forme déconstruite de son processus artistique en prenant la parole entre les différents numéros. Il traverse le quatrième mur en s’adressant aux spectateurs, et en expliquant ce qui va se dérouler dans les minutes à suivre. Il présente les danseurs, explique le contexte de création, tout ça avec une pointe d’humour délicieusement ironique. En choisissant de s’exprimer ainsi, Frédérick Gravel propose une nouvelle vision de la danse contemporaine, qui en effraie généralement plus d’un. Il admet que la danse est destinée à un public initié, averti, mais tente de la rendre plus accessible en la vulgarisant.

Dans Gravel Works, une nouvelle forme de danse contemporaine est proposée. Une forme expliquée, analysée. Frérédick  Gravel cherche à définir la position de l’artiste dans la société actuelle. Ce sujet est d’ailleurs au cœur de ses réflexions et de son discours. Il va même jusqu’à se moquer des artistes «élitistes» et préfère, pour sa part, embrasser la culture populaire. Ses choix musicaux confirment d’ailleurs son goût pour la pop. Il choisit de brouiller les conventions de la danse et de la représentation théâtrale au sens large. Il revendique une démocratisation de l’art, en l’occurrence la danse.

Ce qui est ironique là-dedans, c’est qu’en faisant un portrait de la crise de l’art contemporain, il avoue être un très mauvais danseur.  Son discours est donc auto-dérisoire, ce qui rend le personnage sympathique et accessible.

Le choix de prôner un tel discours constitue une véritable mise en abyme: on fait un show de danse où on parle de danse! On peut se demander si les explications fournies, les informations révélées, aident réellement à la compréhension de l’oeuvre, ou si l’objet d’art qu’est Gravel Works parle déjà de lui-même. Ce qui est sûr, c’est qu’on accorde une plus grande importance au parcours accompli qu’au résultat, qui prend forme devant nos yeux sous forme de work in progress tout à fait assumé.

Le bris du quatrième mur va au delà des interventions «inter-chorégraphies» de Frédérick Gravel. Avant même que les lumières ne s’éteignent, chacun des danseurs se présente au micro, à l’avant, et prend la parole. Tour à tour, ils se présentent comme étant «Frédérick Gravel, homme hétérosexuel de 31 ans, et qui danse». Ainsi, on a l’impression que les idées du concepteur s’incarnent, prennent vie à travers ses danseurs. Peu de temps après, ces derniers sont réellement présentés, ce qui nous donne l’impression de mieux les connaître. De telles interactions mettent les spectateurs dans un état de proximité avec les danseurs. Le choix de la salle, le Théâtre La Chapelle, contribue à l’effet d’intimité recherché entre la scène et la salle.

Pour les danseurs de l’équipe de Gravel Works, il n’y a pas de limites. Ils n’hésitent pas à se promener entre les spectateurs, dans les gradins. Sans scrupules, ils se couchent littéralement sur les spectateurs. Un des danseurs du spectacles, le très audacieux Éric Robidoux, va même jusqu’à embrasser celle que sa bouteille de bière pointera (Cf.: une de mes collègues Langues Sales qui préfère conserver l’anonymat!). On sent la complicité sur scène, entre chacun des danseurs. La forme de laboratoire expérimental prend ainsi tout son sens. On y croit!

On ne peut pas parler du travail de Frédérick Gravel sans aborder la notion de nudité sur scène. Dans l’optique où on cherche à décortiquer la danse, le corps mis à nu est tout à fait justifié. Principal outil de travail de Gravel, il exprime le dévoilement d’un art complexe trop méconnu.

Aux côtés des danseurs, au fond de la scène, des musiciens performent live. L’effet est tout à fait intéressant, puisque les ressources artistiques sont on ne peut plus visibles. On réalise aussi à quel point Gravel s’implique à tous les niveaux dans la création de son spectacle, puisqu’il joue lui-même de la guitare. Il nous montre également ses talents de chanteur. D’autres éléments scénographiques, comme la conception d’éclairage, contribuent à la qualité de ce qu’il nous propose.

Comment définir Gravel Works? Un simple spectacle de danse contemporaine comme il s’en fait beaucoup à Montréal? De la danse théâtre? De la performance? Ce qui est sûr, c’est que le parcours multi-disciplinaire de Frédérick Gravel déteint sur son travail. On parlerait donc d’un mélange entre le stand-up, la danse contemporaine, le théâtre,  même le show rock. Ces différentes formes artistiques se côtoient de manière fluide, donnant lieu à un spectacle complexe, varié. Certains numéros, plus proches du mime et de la parodie, illustrent bien l’humour du créateur.

Provocateur, humoristique, complexe, Gravel Works, présente la danse sous sa forme la plus basique.Tantôt dans le silence, tantôt envahie pas le rock, Frédérick Gravel assume à merveille la déconstruction d’un spectacle décousu, chaotique. Il réalise une démarche similaire dans Tout se pète la gueule chérie, aux côtés du Grouped’ArtGravelArtGroup, réunis pour «créer beaucoup, essayer abondamment, s’obstiner énormément et [se] donner du plaisir. Intelligemment».

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