Archive | Voisins RSS feed for this section

Portrait robot du voisin d’en haut

15 Mar

Je connais plus ou moins, sinon de vue, tous mes voisins. Mais, en deux ans, je n’ai encore jamais croisé, ni même vu de loin, la personne qui habite en haut de chez moi.

L’appartement d’en haut, pour moi, est un mystère, une sorte de trou noir, de no man’s land que je ne parviens pas à me figurer. Si j’ai du sucre à emprunter, ce n’est certainement pas à cette porte que j’irai cogner, comme, instinctivement, on évite la maison de la sorcière de son quartier d’enfance. Je ne peux que deviner ce qui s’y trame, en tracer le portrait robot mental, à partir des indices qui traversent son plancher et mon plafond.

D’abord,  mon voisin d’en haut est bel et bien un voisin, au sens singulier et masculin du terme. Je le sais par les murmures et les éclats de vibrations graves qui parviennent, par brefs moments, à mes oreilles.

Il a longtemps pris son bain à une heure, pile, du matin. Il doit avoir changé de quart de travail, car il semble dorénavant dormir à cette heure de la nuit: je n’ai pas entendu le son distinctif de l’eau dans la baignoire depuis un bon moment. C’est lorsque je suis absente qu’il doit probablement se laver, maintenant, ou alors il le fait ailleurs, ou pas du tout.

Je sais aussi qu’il a un chien. Pas très gros, mais énervé. Il aime jouer à être une boule de bowling et se lancer à toute vitesse d’un bout à l’autre du couloir. J’ai longtemps cru que c’était un chat, jusqu’à ce qu’il jappe, une fois, faiblement, sans grande conviction. Ce chien ne va apparemment pas dehors, car je ne l’ai jamais, jamais vu. Soit il n’a pas de vessie ni de système digestif, soit il sait se servir d’une toilette, d’une litière ou des deux. Je l’imagine mi-canin, mi-alien, un peu comme ça:

Pink Princess est son nom. (source: HoneWatson.com)

Il a une nouvelle fréquentation depuis environ un mois. Le voisin, pas le chien. Sa nouvelle flamme est beaucoup moins wild que la précédente puisque, dès son arrivée, mon problème de porte qui tremble, de fenêtre qui vibre et de plancher qui menace de s’effondrer s’est réglé. Côté «comment sonner cochonne», l’ex-copine aurait dû lui donner quelques leçons avant de partir, car celle-ci ne maîtrise pas du tout cet art. Vous savez, quand on tient un plat ou un chaudron trop chaud, et qu’on doit absolument le déposer maintenant, mais que la surface la plus près est assez loin, et qu’on tente de s’y rendre le plus vite possible, mais que c’est pas mal chaud ? Le petit son qu’on ne peut s’empêcher de laisser sortir ? Elle, elle sonne comme ça, mais plus fort. Avec, de temps en temps, un petit cri, genre «je-me-fais-arracher-un-pansement-par-surprise».

Fascinant.
Ça ne semble pas trop importuner mon voisin.

Par contre, elle remporte haut la main la palme de l’endurance. Je trouvais l’ex-copine pas mal, mais elle, c’est épique. Elle passe ses fins de semaine chez lui, et ils aiment se lever tôt pour flâner sous la couette. Longtemps. Longtemps dans le sens où j’ai le temps de me réveiller, me lever, me doucher, m’habiller, déjeuner, me brosser les dents, sortir faire les courses, prendre mon temps, revenir, et ils y sont encore, c’est-à-dire qu’elle est encore en train de chercher un endroit où déposer son chaudron bouillant. Depuis un mois, ils passent chaque dimanche au lit et n’ont besoin que d’une petite pause, de temps en temps, pour faire pipi.

Il n’y a qu’une chose qui me rend perplexe. Tôt, ce matin, j’ai entendu la voix de mon voisin, dans sa chambre. Sa voix, puis une autre, tout aussi masculine.  Je n’entendais pas leurs paroles, mais l’ambiance me semblait assez décontractée et sympathique.

Là, j’avoue que je n’ai pas d’explication.

Ah, oui.

Mon voisin s’est aussi mis au banjo. Ce n’est pas très sérieux, il ne répète pas souvent, et jamais bien longtemps. Il n’est pas très talentueux et je ne crois pas que ça va s’améliorer.

 

Banjo + copine = yee-haw. (source: bloodandhoney.org)

 

Si je trouve un assez bon prétexte, j’irai cogner à sa porte, juste pour avoir le même thrill que quand on nous défie d’aller sonner chez la sorcière du quartier. Mais je ne suis pas certaine d’en avoir envie, j’aime bien ne pas savoir de quoi il a l’air.

 

Publicités

Du Colgate dans ma journée

12 Fév

De un, ne paniquez pas, les Langues sales ne se multiplient pas à tout rompre, j’ai seulement été prise dans la vague de dévoilement nominal moi aussi et la parenthèse (thésée) s’est ouverte pour dévoiler la vraie moi.

De deux, laissez-moi vous compter une tite-histoire. Veille de Noël 2009. Catastrophe, la robe choisie pour les fêtes de Noël en famille s’avère trop décolletée.  Soyons francs, à moins d’être une matante en manque de sexe et un peu olé olé, qui espère pogner avec le frère de la belle-soeur de l’aut’, un Grand Canyon entre les nénés c’est pas la classe. Me voilà donc en plein milieu du rush de cadeaux, un chou sur la tête, un pilon de dinde dans une main, un fer plat dans l’autre déconfite devant mon miroir.

Moment de suspense.

Vient ensuite l’Illumination, la grâce de Noël qui me tombe dessus comme un ange sur un sapin. Depuis mon déménagement en juillet je passe tous les jours devant un tailleur à quelques pas de la maison. Je suis dernière minute mais je tente ma chance et oh joie il est là! Le petit monsieur maghrébin  est assis à sa machine à coudre avec son sourire colgate fendu aux oreilles derrière sa vitrine «M. Rousseau Tailleur Valet Service». Eh bien pour du service j’en ai reçu. Malgré mon moi-même qui bafouillait des excuses à en plus finir (disant que j’étais désolée d’emmener la robe si tard, que je ne veux pas le presser, mais que s’il pouvait le faire ça me rendrait tellemeeent service) Monsieur Rousseau (si c’est bien lui) a pris ma robe et m’a tout taillé ça. Avec une canne en bonbon en prime. Once again, la magie de Noël, men.

Voilà pour la petite histoire.

Mais ce qui est encore plus beau, c’est que depuis ce jour, à CHAQUE FOIS que je passe devant la vitrine (c’est à dire au moins une fois par jour) j’ai droit à un grand salut de la main et un sincère sourire, grand à n’en plus finir.

C’est ce que j’appelle de la fidélisation de client ça, moi, monsieur. Mais sincèrement, il y a des gens qui réussissent beau temps, mauvais temps, à te mettre du soleil dans ta journée. Et ce, même si tu ne leur a parlé que 15 minutes, une veille de Noël.

C’est beau la vie.

%d blogueurs aiment cette page :