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Place-Des-Arts – Laurier

16 Fév
22h53, quai du métro Place-Des-Arts, direction Honoré-Beaugrand

Le métro tarde à arriver. C’est long. Les gens s’accumulent sur le quai. Ça se met à parler fort, en haut, quelque part le long du genre de mezzanine qui surplombe le quai. Une femme. Une fille? On ne porte pas attention. Ça se transforme en cris, elle parle en criant, elle parle-crie. On ne porte pas attention. Ça crie longtemps. Regards agacés vers le haut, tout le long du quai. On ne voit pas d’où ça vient, ça se promène. Derrière moi, quelqu’un parle. Un homme. Jeune, je pense. Un jeune homme.

«Yeah. No, yeah. No just a just a motherfuckin’… yeah. Yeah I’m gonna kill the fuckin’ crackhead. Yeah, I’m gonna kill’em all. Fuckin’ crackhead slut.»

On jette des regards derrière moi. Je ne porte pas attention. Le métro tarde, c’est long.

Un homme, plus loin sur le quai. Jeune. Un jeune homme roux et boutonneux. Il parle aux gens. Il se penche sur eux. Il ne se penche pas, c’est son corps qui s’affaisse un peu. Il se déplace mollement. Parle à d’autres gens. On ne porte pas attention.

Le métro arrive. Le jeune homme roux boutonneux aussi. Nous parle, on ne comprend pas, hausse les épaules, rejoint le killer defuckin’ crackheads, lui parle, mais pas de la même façon. C’est qu’ils sont ensemble, avec d’autres hommes, jeunes, boutonneux, cheveux gras, corps qui s’affaissent un peu.

Tout le monde se regarde. On n’a pas compris, personne. «Y voulait une cigarette», quelqu’un lance. Mouvement général de sourcils qui comprennent. Ah, ben oui, ok.

On entre dans le wagon.

 

Dans le métro

Les jeunes hommes boutonneux, cheveux gras, corps qui s’affaissent, s’affaissent un peu sur la foule du wagon. On évite, on se tasse, on roule les yeux. On se lance des regards et des commentaires, on rit.

C’est beau, la fratrie de métro. Ça ne prend qu’une personne qui pue pour rassembler des inconnus.

Le métro s’engouffre dans la station Berri-UQÀM. Flou, flou, flou, ça se précise, une horde, une masse de gens entassés sur le quai. Soupirs, comment ça, donc, on est mardi soir. Bleu blanc rouge, chandails, casquettes pis toute le swag, ah, oui, c’est vrai, hockey. Grommellements généralisés dans le wagon.

Le portes s’ouvrent, ça ne bouge pas, ça ne se tasse pas, ça ne crée pas un chemin, ça ne cède pas le passage. On soupire, on fraie, ça a des yeux abasourdis, ça ne prend pas souvent le métro.

 

23h03, quai du métro Berri-UQÀM, ligne orange, direction Montmorency

Le métro tarde à arriver. C’est long. Les gens s’accumulent sur le quai. Rien de nouveau.

Le métro arrive. Flou, flou, flou, ça se précise, bondé. Ah, oui, c’est vrai, maudit hockey. Les portes s’ouvrent, on se tasse, on ne revient pas du hockey, nous, on prend ça souvent, le métro, nous, on connaît les codes. On entre, on ne rentre plus, mais on sait c’est quoi, nous, les soirées de hockey, ça ne finit plus, si on n’entre pas, on n’entrera jamais. On pousse, on rentre, les portes se referment, on part.

 

Dans le métro

«Haha, ouais, hockey, doivent avoir perdu, haha, ouais, pfffffff, haha!»

Ça vient de derrière nous, c’est à dire contre nous. Des hommes.

«Saluuuuuuut

Des jeunes.

«Hellooooooo

Des jeunes hommes.

«Konichiwaaaaaaaaaaa. »

Des garçons.

Ça trinque des bouteilles de Coors Light, maladroitement, entre tous nos bras qui se croisent sur le poteau, et ça boit goulûment.

Épidémie de sourcils relevés. Vraiment? Trinquer? Bière? Coors Light? Des choses qu’il est nécessaire de remarquer avant de pousser et de rentrer, mais les soirs de hockey, certains codes s’oublient.

On poursuit notre conversation quand même, entre leurs Coors Light.


Station Sherbrooke

Ça suit nos paroles, ça les boit, ça les répète. Ça nous interpelle, ça nous répond, ça se perd dans la conversation, ça s’enfarge dans les mots.

C’est long.

 

Station Mont-Royal

Ça nous tâte un peu les cheveux. Ça nous lèche presque les mains, sur le poteau du wagon, mais les portes s’ouvrent.

«Ah! Haha! Oups! S’cusez!»

Ça sort, maladroitement, Coors Light en main. Les portes se referment. Soupirs, soulagement, silence tendu.

 

Station Laurier

Je sors.

 

Jésus m’aime

5 Oct
PAR: MARILOU-GAROU

 

Midi, le métro.
Les portes du wagon s’ouvrent, j’entre. Ce n’est pas si bondé, tant mieux. Un homme, seul, je le vois sans le voir, ne m’assois pas en face, par réflexe. J’ai la tête ailleurs.

-Hey. Hey. Hey, miss. Miss!

Je réalise que je suis interpellée. Je sens d’autres têtes se retourner en même temps que la mienne, des yeux qui le regardent, me regardent, regardent ailleurs, soulagés de ne pas êtres concernés.
L’homme me parle. Je ne comprends pas tout ce qu’il dit, je n’essaie pas de comprendre, j’ai l’habitude de ces hommes seuls et un peu étranges qui vous parlent sans trop de cohérence. C’est peut-être la fatigue, mais mon regard oublie d’être dur avant de se détourner. Je cherche machinalement de quoi m’occuper les mains dans mon sac.

-Thank you for listening to me.

La phrase est sincère, presque naïve, reconnaît poliment une fin.
Mes mains arrêtent de fouiller, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai envie de sourire, alors je lui souris.

-See, you’re smiling now. Money isn’t everything, you know. See, if I was a bum, you would tell me to get out. But you’re smiling now, that’s why I know money isn’t everything.

Il continue de parler et je le regarde doucement, sans comprendre la moitié du charabia qu’il me récite maladroitement. Toujours sans comprendre pourquoi, je continue de sourire.

-Friendship is the best ship there is, you know? I know. Thank you for listening to me.

C’est étrange, j’ai l’impression qu’en ce moment, il a besoin de me le dire, et j’ai besoin de l’entendre. Je le regarde encore, et j’ai l’impression vague qu’il n’est pas l’homme seul et un peu étrange que je croyais qu’il était, sans que je puisse dire pourquoi.

-I may be crippled, but I’m not crazy, you know.

Il me demande s’il peut s’asseoir plus près, je ne réfléchis pas, je lui dis oui, il s’approche en boitant, sans envahir, pas trop près, juste plus près.

-You know what? Jesus loves me. And he loves you too. That’s why I can’t do bad things. Because friendship gets you everything  and money doesn’t get you everything, you know. I know.

Le train ralentit, c’est ma station, je lui dis.

-Okay. Thank you for listening to me. Buh bye.

Je sors,  tourne la tête vers la fenêtre du wagon, je le vois répéter sa dernière phrase sincèrement, presque naïvement, reconnaissant poliment la fin.

Peut-être que je devrais oublier mon regard dur plus souvent, peut-être que je ne devrais pas me laisser tracasser par mes problèmes d’argent.

C’est vrai que j’ai des bons amis, vous savez. Je le sais.

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