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Le mot scatologique du jour

14 Mar

Je vous promets que c’est la première et dernière fois que je parle de caca, mais j’ai cru bon en cette belle journée de printemps d’instruire quelques personnes sur certaines notions  physiques élémentaires.

En effet, les habitants de mon quartier (ce cher Plateau!) semblent croire dur comme fer que la neige possède la propriété magique de faire disparaître certaines choses. Ils se promènent donc tout l’hiver en compagnie de leur Fido à quatre pattes préféré, le laissant déféquer où bon lui semble. Puis, ils se disent qu’ils n’ont pas besoin de prendre la peine de ramasser les cadeaux que leur tendre Rex offre à dame nature.  Ils croient que ceux-ci se dissoudront miraculeusement par le pouvoir surnaturel des flocons de neige — vous savez, le même qui fait voler le chariot du Père Noël — et se contentent de les laisser se faire recouvrir par la prochaine tempête. Mais, Ô comble de malheur, lorsqu’enfin le soleil réchauffe la terre et fait fondre le doux manteau blanc qui enveloppe la ville, que se passe-t-il? LE CACA N’A PAS DISPARU! Et les odeurs non plus d’ailleurs.

Eh oui mesdames et messieurs,  le froid de l’hiver ne possède pas la capacité de dissoudre les matières fécales de vos animaux de compagnie. Meilleure chance la prochaine fois!

 

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Jiji, final cut.

17 Nov
PAR: MARILOU-GAROU

 

Je pose triomphalement le carton de lait sur le comptoir, m’exclame voilà, me dis que maintenant, je peux payer, prendre mes bottes et décamper.

Bref mouvement, bref marmonnement de reconnaissance de la part du cordonnier. Lui et l’inconnu sont toujours sur le seuil de l’arrière-boutique, toujours en grande discussion syrienne,  et je ne comprends toujours rien.

Je soupire, trépigne, me demande si je vais y passer le reste de ma journée, me sens mal à l’aise de m’énerver devant eux, je veux dire, je suis en minorité, ils pourraient répliquer, je sais pas, m’emmener dans une ruelle, mais non, c’est déjà fait, c’est ridicule, que je me dis, complètement.

Je resoupire bruyamment, repère une pile de magazines, me mets à les feuilleter avec autant de fracas que peut produire du papier glacé. J’aperçois un article sur le prochain Harry Potter, je me dis ah oui, simple mécanisme de défense, c’est du déni, je m’intéresse soudainement à Harry Potter pour ne pas avoir à me rebeller et à me reretrouver dans une ruelle avec deux hommes syriens. Je lis en diagonale, blablabla, trucmuche dans un tournoi de sorciers, coupe de feu, coupe de feu? C’est vrai qu’ils ont bien l’air bien jeunes, sur la photo, je referme la revue, aperçois l’année, 2007, je me dis estidcâlissdetab’-sont-même-pas-foutus-de-meubler-mon-déni-comme-du-monde, je suis maintenant assez remplie de fiel pour protester, je relève la tête et ouvre la bouche pour décocher une flèche enflammée.

C’est alors que je me rends compte que les deux hommes sont passés au français. Peut-être ont-ils remarqué mon exaspération, ils se disent pauvre petite, elle aimerait suivre la conversation.

-Nooooooon, nooooooon, mais ça cé normal, hé. Nous, on a dé grosses prostates. Sont pas habitoués, eux-autres, aux grosses prostates, mais nous autes, on est faites de même, toutes des grosses prostates.

L’inconnu hoche la tête faiblement,  recule de quelques pas, replace son béret, lance quelques mots qui me sont inintelligibles, le cordonnier réplique tout aussi ténébreusement, j’arrive tout de même à comprendre que c’est la fin de cette discussion. Bye Gab, il sort.

Bon, en tout cas, bon, que je me dis.

-J’ARRIVE AVEC LÉ CAFÉ.

Mais… que je commence, mais le cordonnier dépose déjà deux verres de styromousse devant moi, avec un gros pot de café instantané.

-Jé vais chercher l’eau.

Et il redisparaît. Je me dis que dans mon super plan, j’avais oublié l’histoire du café, je me demande si je vais m’en sortir indemne. Ma mère m’avait bien prévenue des hommes en voiture avec des bonbons, mais les cordonniers au café instantané, ça, je ne sais pas comment m’en déprendre, je ne connais pas les techniques d’auto-défense appropriées*. Il revient avec une bouilloire, je lui dis que ce n’est vraiment, mais vraiment pas nécessaire, le café, que je…

Il fige. Il a le même air qu’aurait, je présume, un grand-parent seul et abandonné si, à notre seule visite depuis des années, on lui refusait des biscuits maison.  Mon cœur se serre, je ne m’assume plus, je dis d’accord. Il se remet à sourire fixement, d’un sourire aussi flou que peut l’être son regard. Je le regarde préparer le café, verser l’eau dans les verres, mélanger, et je me dis quel drôle d’homme, je n’arrive pas à décider s’il est louche ou juste très seul. Quoiqu’il vient tout juste de parler de coup de foudre avec quelqu’un, et de prostate avec quelqu’un d’autre, non, il doit nécessairement être louche.

Alors, que je me risque, mes bottes? Il va les chercher, contourne le comptoir, me les montre, je dis ah oui, il me les fait essayer, je dis bien oui, bien oui, c’est bien, c’est combien, donc? Il retourne à son comptoir, retrouve ses papiers, me répète le prix, je paie. J’ai des papillons plein le ventre, victoire, il ne me reste plus qu’à déguerpir.

Je prends le reçu, dis ben…  merci… Il tend la main vers moi, me regarde de ses yeux et son sourire fixes. Il agite les doigts.

-Donne la factoure.

Je ne comprends pas, je ne comprends rien de toute façon, j’ai abandonné l’effort. Je lui tends machinalement le reçu, il prend un stylo, se penche sur le papier, y gribouille des lignes, des cercles, je n’y vois rien.

-Oué… c’est pas très… mais oué, tiens mad’moézelle, une fleur.

Il me tend la facture, je dis HÉHÉHÉMERCIIIIIIIIIIiiiiiiiiiiiiiii! BON BIEN!

Je prends mes bottes, ma lessive, la tasse en styromousse. Le cordonnier fige encore, je me sens comme une enfant ingrate et lui dis que je dois aller étendre mon linge, tout en me disant que cibole, je viens pourtant de sortir ses poubelles et de faire son épicerie.

-Ah. Mais toué, t’habites-tu au 12345 Berri**?

Euh, que je dis, non, j’habite par-là, et je fais un mouvement vague vers le lointain.

-Ah, c’est pour ça que j’té pas vue avant. Mais là, toué, tu vas revénir tantôt?

Euh, bien non, parce que je, mon linge, c’est ça, en tout cas, merci hein, bye bye.

-HÉ! C’est quoi mon nom?

Euh, que je dis, Gab, il a l’air content, il me dit bebye, et je sors. Je passe à côté de la ruelle où est encore la grosse boîte de carton, je tourne le coin, vide la tasse en styromousse au pied d’un arbre, me demande si du café instantané, c’est mauvais pour la flore urbaine, je jette la tasse dans une poubelle, quel gaspillage.

Mon cerveau refuse de réfléchir à ce qui vient de se passer, je me dis qu’une chance qu’il y a les Langues Sales pour légitimer mon expérience.

En tout cas, je suis prête pour l’hiver et Cordonnerie Nettoyeur Jiji ne me reverra pas de sitôt.

FIN

*Merci au Douteux de m’avoir fait découvrir Paul Vunak, qui est, ma foi, si approprié dans cet article.

**Adresse fictive (ou pas, si c’est le cas, désolée), le fait est qu’il m’a donné une adresse précise qui n’est pas du tout la mienne, et qu’il sortait de je ne sais où.


Cordonnerie Nettoyeur Jiji.
900 rue Gilford, coin Saint-André.

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