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Le maigre bon sens

7 Mar

Yo les jeunes. Je sors du placard : je suis une maigre. Une échalotte. Une asperge. Une planche à repasser. Une taille fine, pour les plus polis. Je mesure 5’9, et je pèse 125 livres après un bon gros steak frites. Je dis ça, parce que la grosse-pour-une-danseuse-my-god invitée à Tout le monde en parle dimanche passé, elle a dit son poids, pis ça avait l’air d’un argument. Moé j’aime ça, les arguments.

Je ne suis pas anorexique. Demandez à n’importe qui de mon entourage : les pots de deux litres de Coaticook survivent rarement plus d’une semaine dans mon congélateur, et je mange toujours trois parts de lasagne (ou de pâté chinois, ou de pâtes, ou de poudding chômeur, ou de crêpes jambon-fromage-champignons-sirop d’érable).

Je suis l’anti-thèse du gros qui essaie de maigrir : je suis la maigre qui aimerait bien grossir un peu. Question d’avoir une craque de seins ou des réserves pour l’hiver, selon mon humeur.

Perso, ça m’en prend beaucoup avant de trouver quelqu’un gros. Un peu comme le magasine Urbania, pour moi, un gros, « c’est 300 livres en montant ». Dans le genre, danger pour sa santé, ou pour la santé des autres usagers du métro si jamais il s’évanouit à l’heure de pointe.

J’ai lu le dernier numéro d’Urbania avec autant d’appétit que les précédents (même un peu plus, il était presque midi). Seulement, j’ai retrouvé à quelques reprises, dans le discours des personnes interviewées ce dénigrement des maigres, si populaire lorsqu’on parle de « diversité des corps ».  José Breton, qui milite pour que l’on retrouve plus de femmes rondes à la télévision, expliquait sa démarche ainsi : « Je ne suis absolument pas attiré par les femmes minces »*. Good for you, dude. Même son de cloche du côté des BBW rencontrées dans un restaurant : « Aujourd’hui, je ne trouve pas ça beau, une fille mince ».

Je n’ai jamais trouvé une femme moins belle parce qu’elle était grasse. Je leur ai parfois envié leurs pommettes et leur décolleté bien rempli, par’z’emple.

Pourquoi présenter les grosses et les maigres comme deux « types » de femmes distincts? Pourquoi choisir entre le coussiné ou l’élancé?  Pourquoi glorifier les rondes en dénigrant les maigres?

Un homme dit qu’il n’aime pas les grosses et qu’il ne les trouve pas belles? Il a l’air d’un sacré macho. Il dit la même chose sur les maigres? Il est presque un humaniste.

En tant que maigre, je n’ai socialement pas le droit de chiâler. Ta yeule, toé, t’es mince, faque t’es correcte. Correcte? Comme si, parce que mon IMC correspond aux standards des catwalk sans que j’aie à manger des céleris pendant des mois,  je n’avais pas mon mot à dire quand on parle de « diversité des corps ». J’aimerais dire à toutes les grosses de ce monde qui croient que les maigres l’ont eu facile côté physique, que  planche à repasser, échalotte, cure dent, et maigre comme un pic frappent aussi dur sur l’estime de soi que boulotte, gros tas,  obèse,  et baleine.

Soyons unis, gériboire!

Laurel et Hardy, eux, ils sont unis.
Laurel et Hardy, eux, ils sont unis.

 

*José Breton se rattrape pourtant en disant, en fin d’entrevue : « Je considère que les vrais hétérosexuels aiment toutes les femmes. La misogynie s’exprime par la sévérité de l’homme envers le physique féminin » Je rajouterais : et la bêtise humaine s’exprime par la sévérité envers le physique point final.

(DUMAIS, Sylvain, José Breton militant pour les rondes, URBANIA, p.16, numéro 29, Hiver 2011)

Le nouveau dogme

13 Nov
PAR: PAQUEBOTTE

 

Dans la section Idées , du Devoir de jeudi le 11 novembre, Gaston Bernier, président de l’Association pour le soutien et l’usage de la langue française, nous tint à peu près ce langage : Maudits artistes, vous n’êtes même pas capables de faire la promotion de la langue française.

Je me permets de citer M.Bernier, afin que vous puissiez saisir l’étendue de ma stupéfaction devant ces idées d’une autre époque.

«Les artistes ont l’impression qu’il doivent parsemer leurs films, leurs pièces de théâtre, leurs romans, leurs téléséries de mots anglais afin de faire naturel et authentique»

Ha.Ha.Ha. J’aime beaucoup la désignation «les artistes», vraiment. Dans la même veine que «le scientifique», cet être en sarrau, aux lunettes énormes et aux cheveux en pétard que l’on retrouve dans toute distribution bien équilibrée, «l’artiste» me fait l’effet d’un grotesque stéréotype utilisé à toutes les sauces. On serait pourtant bien aveugle de mettre dans le même panier Céline Dion, Gaston Miron et Xavier Dolan.

Un autre détail me titille, dans cette phrase : tout le reste.

Continuons notre lecture: «On pourrait en émonder, en remplacer sans que la compréhension ni le succès soient remis en cause. Mais il n’est pas facile de les convaincre ces artistes qu’un effort de correction ne nuirait pas à leur succès. La pente des pratiques familières et visiblement populistes est savonneuse et facile.»

D’abord:… il n’est pas facile de les convaincre ces artistes qu’un effort (…). Quand on écrit une lettre qui accuse  «les artistes» de saccager le français, on s’arrange pour que nos phrases soient écrites dans un français impeccable. Ou on se relit, au moins. J’sais pas. Me semble.

Ensuite, parlons de compréhension. Entendons-nous, Émile Nelligan aurait pu dire : «Il a neigé. Il y a du givre sur ma vitre. Je souffre.» Je crois toutefois qu’il n’aurait jamais été élevé au rang de poète national.  Suivant cette logique du français propre et scolaire, devrait-on penser à bannir Claude Gauvreau de nos bibliothèques? Devrions-nous envoyer aux oubliettes  des monuments comme Richard Desjardins, Robert Charlebois, Diane Dufresne, Denys Arcand ou Gilles Vigneault, sous prétexte que leur œuvres ne sont pas toutes construites selon les normes de Monsieur Bernier ?

Finalement, je ne sais pas pour vous, mais moi, j’ai été choquée par le terme «populiste»,  couronnant cette phrase d’une pointe  de mépris inutile.  C’est fou, hein, ça voudrait dire que les Belles-Soeurs serait la pièce populiste par excellence. Aucune nuance chez M.Bernier, aucun deuxième degré. Quand un personnage franco-ontarien parle, ce serait  du populiste que de lui laisser les mots de sa région dans la bouche en lui faisant dire «Tu regardes comme ton père».  Monsieur Bernier, les personnages de télévision, de théâtre, de films, de romans, ne devraient jamais être les ambassadeurs d’un français normatif.  Jamais.

Monsieur Bernier semble nous faire, vers la fin de sa petite montée de lait, l’étalage de son vocabulaire dans une tirade ou il explique chacun de ses mots en une ligne et demie : «inutilité des efforts (lesquels ne rapporteraient rien), psittacisme (répétition mécanique de mots ou d’expression par un sujet qui ne les comprend pas) ou panurgisme (comportement selon lequel on agit pour faire comme tout le monde).» OUF! Quel texte dynamique, quel plaidoyer prenant, vraiment, Monsieur Bernier, ce croisement entre votre présomption et votre Petit Robert est criant d’efficacité.

La langue est un outil de liberté, M.Bernier, pas un dogme. Vous frappez au mauvais endroit. Ne prenez pas le citoyen pour un imbécile en exigeant qu’on ne lui montre que des personnages  accordant à la perfection leurs participes passés. Battez-vous plutôt pour un meilleur enseignement du français. Battez-vous pour que les jeunes (et les vieux) lisent plus. Battez-vous pour qu’on célèbre notre culture francophone dans le continent anglophone où nous vivons.  L’art, lorsqu’il se fait étendard de la langue,  rallie beaucoup plus que les mots abscons que vous nous avez jetés à la figure dans cette lettre, que je considère personnellement comme une insulte à l’intelligence du milieu culturel et de son public.

Sur ce, bonne journée.

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